Il semble que vos cookies ne sont pas activés sur votre navigateur. Pour que nous puissions vous montrer les informations liées à votre ville, vous devez choisir une des villes suivantes:
11-06-2008 17:47
"L’univers de la grande distribution, c’est bip/bonjour/au revoir/merci"
La blogueuse Anna Sam, ex-« hôtesse de caisse » et auteur des "Tribulations d'une caissière" a dialogué avec les metronautes.
Photo : N.R/METRO
Anna Sam
Bonjour à tous. On a une heure pour discuter. C’est à vous !
Sandrine : Comment vous êtes-vous retrouvée caissière?
Bonjour Sandrine. En fait, j'ai commencé à travailler en caisse quand j'étais étudiante (j'avais 20 ans) et j'ai continué ce petit boulot tout le temps de mes études. Après mon DEA de lettres modernes, mes recherches d'emploi n'ont pas abouti, alors faute de mieux, je suis restée caissière...
Blandine : Comment avez-vous eu l'idée du blog?
En fait, quand on parle entre collègues de caisse, bien souvent on se dit que ça vaudrait le coup de faire un livre de toutes nos "aventures" en grande surface. Comme les autres, l'idée m'a effleurée mais je trouvais ça trop ambitieux de me lancer dans un projet livre. Le blog était bien plus facile à faire et au moins, il y aurait un retour immédiat de la part des lecteurs. Et vu le succès qu'il a aujourd'hui, j'en suis bien contente car c'est devenu un espace de discussion entre clients / caissières.
Emmanuel : Bonjour, je suis un fidèle lecteur de ton blog depuis quelques mois déjà. Quelle sera ta reconvention après le livre ? Retour aux études, caissière, écrivai(ne) ??
Ce n'est pas parce que j'ai quitté mon travail de caissière, il y a quelques mois que j'ai arrêté d'expliquer et d'essayer de faire changer les mentalités.
Salut Emmanuel. D’abord merci pour ta fidélité! Après le livre, si on vit dans un monde parfait, je continuerai à écrire, j'ai déjà quelques idées pour d'autres projets. Mais pour être plus réaliste, à partir de septembre, je me relancerai vraiment dans mes recherches d'emploi. Bosser en bibliothèque, ça me paraîtrait être une bonne reconversion, non ?
Elie : Votre livre m'a amené à revoir mon comportement aux caisses! Quel est votre souvenir de clients le plus insolite?
Le plus insolite ? C’est dur de choisir ! À chaque journée qui passe, on rencontre des gens très différents de ce qu'on imagine. Par contre, un des souvenirs qui m'a le plus touché, c'est un monsieur avec qui j'avais discuté quelques minutes à ma caisse. Et quand il est parti il m'a serré la main. C’est un geste anodin mais pourtant, c'est un souvenir très précieux pour moi. Toute l'humanité d'une personne dans une simple poignée de main… Ça ne m'est arrivé qu'une seule fois en 8 ans de caisse.
Gégé : Quelle est votre profession aujourd'hui?
Bonjour. Au jour d'aujourd'hui, on va dire écrivain ;o) et demain ? Si possible, bibliothécaire
Mort de rire : Pourquoi avoir décidé de faire un livre de votre blog?
Déjà parce que tout le monde n'a pas internet et beaucoup de mes anciennes collègues étaient un peu frustrées de ne pas pouvoir lire le blog. Déjà pour elles, je trouvais ça bien de transposer le blog sur papier. Ensuite, le blog est un espace de discussion, le livre est destiné à un public peut-être un peu différent. De plus, le livre n'est pas un copier-coller du blog, il y a eu tout un travail de réécriture. Aujourd’hui, quand je vois le blog d'un côté et le livre de l'autre, pour moi ce sont deux choses très différentes.
Géraldine : Qu'avez vous ressentie quand vous avez été invitée par Ségolène Royal?
C'est une femme qui a évoqué les conditions de travail des caissières durant sa campagne électorale. Après, quelles que soient nos opinions politiques (qu'on soit pour ou contre ses idées), je n'ai pu que saluer le discours qu’elle avait eu pour ce corps de métier. Et quand je l'ai rencontrée, j'ai été honorée d'être vue comme la porte-parole des caissières.
Nadine : Qu'est ce que vous apporte la notoriété?
Ca ne change rien à mon quotidien et je ne veux surtout pas que ça change ! La notoriété est souvent bien éphémère... Je profite de ce passage dans les médias pour parler de ce métier de caissière, encore trop souvent déprécié.
Aline : quelles sont les conditions de travail des caissières?
Je vais parler en généralité, puisque cela diffère d'un magasin à l'autre, mais très majoritairement, on a : travail à temps partiel (les contrats vont rarement au-dessus de 30h par semaine), des horaires décalées et qui changent d'un jour à l'autre, puis d'une semaine à l'autre, des week-end qui se résument au dimanche (et quand l'ouverture des magasins le dimanche sera généralisée... il n'y aura simplement plus de week-end) et le peu de reconnaissance de ce métier. À côté de ces difficultés, il y a quand même des points positifs : une bonne entente entre caissières (on se sert les coudes), des rencontres géniales avec certains clients, des bons fou-rires aussi... Et j'allais oublier, un travail payé au smic.
Alphonse : Les caissières sont-elles vraiment humiliées? De quelle façon?
Humiliées, le terme est fort. Plutôt ignorées. On est trop souvent transparentes. Même si je peux tout à fait comprendre que les gens quand ils font leurs courses ne prennent pas ce moment avec grand plaisir, quand sur vos 300 ou 400 clients dans la journée et qu'une bonne partie ne pense même plus à vous dire bonjour, c'est là que c'est le plus dur. On a l'impression de ne servir à rien et de se transformer en robot petit à petit. Et puis, il y a aussi la faible reconnaissance de la part de certaines personnes de la hiérarchie (mais là, on touche à un problème de communication interne et je ne suis pas la mieux placée pour parler de ce dysfonctionnement)
Georgio : La situation vous semble t’elle différente pour les hommes?
Sans hésiter, je répondrai oui. Les hommes sont plus respectés quand ils sont en caisse, il y a moins de resquilleurs ou de râleurs avec les caissiers. Peut-être que la femme a un visage et un comportement qui permettent aux clients de se sentir supérieurs alors qu'avec un homme en face d'eux, ils se sentent moins en position de force ?
Alpha : D'où vient selon vous la stigmatisation dont sont victimes les caissières?
Là, je ne sais pas... Il y a quelques années, c'était ceux qui travaillaient manuellement, les femmes de ménage ou encore les éboueurs. Peut-être que les gens ont besoin d'un épouvantail pour se défouler ? Ou un souffre-douleur pour se sentir mieux en rentrant à la maison le soir ?
Gela: Avez-vous ressentie la hausse des prix? Certains clients s'en sont-ils pris à vous?
La hausse de prix, on la constate un peu tous les jours derrière la caisse. La première chose, c'est que les caddies sont moins pleins qu'il y a quelques années, mais le ticket de caisse lui ne se réduit pas, il aurait même tendance à monter... Par contre, je n'ai pas vraiment le souvenir d'avoir eu des clients rejeter la faute sur la caissière, mais plutôt un moment d'échange. Car si derrière notre caisse, on voit monter les prix, quand on fait nos courses, on le vit aussi.
Olivia: A quoi attribuez-vous le fait qu'autant d'étudiants et des jeunes diplômés, souvent à bac + 5 comme vous, se retrouvent à exercer ce métier?
Quand vous avez des profs qui vous scandent à longueur d'année : "Faites des études, si vous êtes bon à l'école, allez à l'université, passez plein de diplômes et vous aurez un boulot de rêve après la fac". Quand on est élève, on écoute les profs, mais la réalité de la vie est pourtant bien différente. Surtout l'université, faire des recherches poussées dans un domaine apporte beaucoup à sa culture personnelle mais ce n'est pas une valeur ajoutée lorsque vous faites des recherches d'emploi après. Sincèrement, mieux vaut partir dans des filières professionnelles, vous aurez bien plus de chance de trouver un travail intéressant et passionnant après vos études.
Nasri: Quel est votre pire souvenir ?
M'être fait traiter de pute par un client parce qu'on ne donnait plus de sac.
Helene : Bonjour. Je suis moi aussi caissière depuis longtemps. Votre livre m'a fait du bien, je me reconnais complètement dans les situations que vous décrivez. Avez-vous un conseil pour m'aider à tenir, à faire front quand je me sens insultée?
Bonjour Hélène. Déjà merci ! Parce que ce livre, je voulais qu'il serve aussi aux autres caissières, pour leur montrer que malgré tout, on peut encore rire des situations parfois difficiles qu'on vit au quotidien derrière notre caisse. Moi, ce qui m'a beaucoup aidé, ça a été de prendre avec humour et dérision les moments difficiles. Tu sais, quand j'ai commencé à écrire sur mon blog, quand il y avait un truc un peu dur dans la journée, le fait de le prendre avec distance me permettait d'en rire.
Frankie: Etiez-vous une bonne élève? De quel milieu venez-vous?
Si pour vous être bonne élève, c'est faire de hautes études, alors oui, j'ai été bonne élève. Je suis allée jusqu'en DEA (bac +5) parce que j'en avais les capacités et parce que mes études me plaisaient. Je viens du milieu dit "classe moyenne". Mes parents ne roulent pas sur l'or mais on n'a jamais manqué de rien.
Nathan : Que reste-t-il à améliorer pour les caissières aujourd'hui? Les temps partiels sont ils toujours autant imposés?
Si on améliorait le relationnel entre clients et employés, ce serait déjà bien. Si en plus, il y avait une reconnaissance de la part de la hiérarchie, ce serait une grande avancée (elle existe déjà dans certaines enseignes, mais ce n'est malheureusement pas toujours le cas). Pour les temps partiels, ils sont largement majoritaires. En même temps, faire 36h45 de caisse par semaine (pas 35h hein ! parce que les temps de pause, on les récupère sur le temps de travail), c'est dur et vraiment épuisant.
Emilia : Avez-vous l'impression d'avoir fait bouger les choses? Quelle est la situation des caissières aujourd'hui?
Aujourd'hui, je pense que j'ai aidé beaucoup de personnes à se poser des questions sur ce métier et par extension à tous ces métiers dits "de base". J’ai pas mal d'anciennes collègues qui m'ont dit que les "bonjour" et "bon courage" étaient plus fréquents. C’est déjà une belle victoire ! On verra si cela continue à long terme. Autrement, la situation des caissières n'a pas vraiment changé, mais faire évoluer ce poste demande un travail en profondeur, j'espère que cela avancera dans le bon sens.
Franck : Il parait que vous avez travaillé dans un Leclerc. Vu les pubs qu'ils font, cette enseigne n’est-elle pas mieux que les autres pour y travailler?
Oui, j'ai bossé longtemps dans un Leclerc. Mais que ce soit cette enseigne, Cora, Géant, Auchan ou Carrefour, c'est la même chose. Les conditions de l'emploi ne varient pas vraiment d'une enseigne à l'autre
Pommy : Qu'avez-vous répondu à la cette mère qui a dit à sa fille: « si tu ne travailles pas à l'école, tu finiras caissière »?
A l'époque, je n'ai pas osé répondre. Parce qu'il paraît qu'on n'a pas le droit de répondre aux clients. Par contre, si cela se reproduisait, je lui expliquerai (si elle veut bien entendre) que ce n'est pas un sot métier et qu'elle a même besoin de cette personne à la caisse. Et puis, ce n'est pas parce qu'on est caissière qu'on n'a pas d'instruction (qu'on ait des diplômes ou pas d'ailleurs).
Halima : A quoi est due selon vous l'indifférence dont nous sommes, nous caissières, victimes?
C'est ce que j'ai plus ou moins dit à Alphonse un peu plus haut. Mais il faut ajouter aussi que les Hyper sont devenus de grands lieux impersonnels où le client est souvent complètement seul, du coup, arrivé en caisse, la caissière fait aussi partie des meubles... mais pourtant, on sait dire autre chose que "bip" ;o)
Claire : Vous qui êtes littéraire, à quel roman vous a fait penser cette expérience à la caisse?
A aucun, j'avoue... Par contre, on pourrait y voir un certain parallèle avec les Temps Modernes (film de Chaplin).
Klim: Quel est l'aspect le plus pénible de ce travail?
L'indifférence et la transparence. Parce que c'est ce qui vous fait perdre petit à petit votre statut d'humain
Corinne: Avez-vous travaillé dans plusieurs enseignes différentes?
Oui, , j'ai aussi travaillé dans un Lidl (une mauvaise expérience, le boulot est beaucoup plus dur : vous avez des heures à rallonge, vous n'avez pas de chaise en caisse !) et dans un supermarché en Belgique il y a quelques années (là, j'ai trouvé ça assez rigolo comme expérience, les gens avaient un accent très prononcé et je trouvais ça plutôt pittoresque).
Nora : Allez-vous continuer le combat maintenant que vous êtes écrivain?
Ce n'est pas parce que j'ai quitté mon travail de caissière, il y a quelques mois que j'ai arrêté d'expliquer et d'essayer de faire changer les mentalités. D’ailleurs, mon blog est toujours actif. C’est le genre d'emploi qui marque une vie et je veux que mon expérience puisse apporter quelque chose à toutes celles et ceux qui sont encore derrière leur caisse.
Petiot: A quelles règles sont soumises les caissières? Avez-vous aussi quelques privilèges?
Les règles sont simples : SBAM = Sourire, Bonjour, Au revoir, Merci + le client doit être respecté + on ne doit pas répondre. Pour les privilèges, à part le 13e mois dans les grosses enseignes et quelques primes (prime d'intéressement notamment), c'est à peu près tout. Par contre, dans certaines enseignes (mais pas où j'ai bossé), il y a un pourcentage de remises sur de gros achats (il paraît que ça existe aussi pour l'ensemble des courses, mais là, je n'en ai jamais vu de mes yeux... rumeur ou réalité ? je ne saurais dire).
Amel: N'avez-vous pas envie d'aller plus loin et de vous engager politiquement?
Non, je ne suis pas syndiquée, je n'ai pas de carte ou d'étiquette politique et je préfère rester indépendante. Mon message passe d'ailleurs déjà très bien comme ça.
Nick : Faire dédicacer votre livre au Leclerc dans lequel vous avez bossé, c'est un pied de nez?
Surtout une reconnaissance. Je ne sais pas si vous pouvez imaginer le plaisir que j'ai eu de passer de l'autre côté de la barrière : de caissière, j'ai tout à coup pris un statut d'auteur. Je voulais que ma première séance de dédicace se passe dans mon ancien magasin aussi pour dire merci à mes anciennes collègues.
Jibé : Est-ce que le succès que vous rencontrez est pour vous une sorte de revanche ?
On peut dire ça comme ça. Il y a seulement 6 mois, je croyais galérer en intérim. Quand je vois où j'en suis aujourd'hui, oui, c'est une belle revanche et aussi un message pour les autres : on peut avancer dans la vie.
Esther: Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui s'apprête à suivre le même parcours pour financer ses études?
Evitez les CDI ! C’est un piège et un faux confort. Au moins, un CDD ça donne une date butoir et ça oblige à aller de l'avant.
Karim : L'univers de la grande distribution, c'est quoi en quelques mots?
Anna San : bip / bonjour / au revoir / merci ?
Zapette: Les caisses automatiques, vous y croyez? Est-ce une bonne alternative?
Comme elles existent aujourd'hui, j'y crois très moyennement. Les gens se sentent assez vite dépassés et franchement, s'il n'y a même plus un minimum de contact social, autant faire ses courses sur internet ou se faire livrer.... Je crois plus aux systèmes de scanner portatif où les gens scannent leurs articles au fur et à mesure qu'ils mettent les produits dans leurs chariot
Jeanne: Recevez-vous beaucoup de courriers? N'avez-vous pas peur que la célébrité change votre regard?
Oui, je reçois énormément de mails, autant de la part de caissières que de clients. Pour la célébrité, comme je l'ai dit plus haut, c'est souvent très éphémère, et ça ne fera pas changer mon regard sur ce métier que je veux défendre et revaloriser.
Julie: Votre livre vient de rentrer dans les meilleures ventes. J'imagine votre fierté. Comment allez vous dépensez votre argent?
Oui, je suis très fière de voir que ces histoires de caisse passionnent autant les gens. Pour l'argent que je vais gagner, eh bien, pour le moment, ça remplace mon salaire de caissière. ;o)
Alembert: Aucune amertume? Aucun regret? Même pas un petit merde à un client...
J'ai pour principe de ne pas avoir de regret. Ma vie, elle avance et je ne vais pas me retourner pour me dire, zut, j'aurais dû faire autre chose. Aujourd’hui, ma meilleure victoire, c'est que ces clients qui hier nous ignoraient, aujourd'hui voient les caissières différemment.
Merci à tous ! Et si vous souhaitez continuer à échanger, vous pouvez me retrouver sur mon blog : http://caissierenofutur.overblog.com
Photo : Stock
Les tribulations d'une caissière
La tribune du Blogueur de la semaine
Cette semaine la parole à Stanislas Sibot, lauréat du prix EpE-Metro. Le développement Durable: défi du XXIe siècle.
Courrier du coeur
Immobilier
Vous cherchez un appartement à louer ? Une maison à acquérir ? Un prêt compétitif ? Trouvez votre bonheur avec Metro Immo !
Rencontres
Envie de trouver l’âme sœur? Inscription gratuite et rapide sur Metro Rencontres
Spectacles
Théâtre, concerts, spectacles... Faîtes vos réservations sur Metro Spectacles ! Simple et rapide.
Co-voiturage
Au quotidien ou de manière occasionnelle, trouvez via Internet des personnes souhaitant partager un véhicule.
Emploi
Avec Metro Job, trouvez votre futur emploi parmi près de 20.000 offres.
