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16-05-2008 22:37
Arnaud Desplechin : "J’aime faire partie de la famille des acteurs"
Arnaud Desplechin a présenté hier Un conte de Noël, le premier film français de la compétition officielle.
Photo : Antoine Doyen
Arnaud Desplechin au Festival de Cannes 2008 pour présenter "Un conte de Noel" en compétition officielle.
Une tragi-comédie familiale qui a divisé les festivaliers, mais pourrait valoir à ses comédiens un prix d’interprétation collectif à la fin du festival. Entretien avec l’un des cinéastes français les plus singuliers de sa génération.
Vous êtes un habitué de la Croisette. Vous aimez la compétition ?
C’est la sixième fois que je viens, dont quatre fois en sélection officielle. C’est un honneur, quelque chose de très émouvant. Mais c’est plus agréable pour les acteurs qu’un réalisateur. Etre en compétition aux côtés de gens comme Eastwood ou Jia Zhangke que j’admire, je tremble !
Un confrère m’a dit, que votre film était très compliqué, comme la famille. Qu’en pensez-vous ?
Je trouve au contraire qu’il est limpide. Ce qui est compliqué, ce sont les tensions entre les personnages. Ce qui a été compliqué pour moi, c’est par exemple d’écrire la pièce de théâtre que jouent les enfants, Les aventures du prince Zorro, avec des phrases très étranges comme « j’ai couché avec une bique » ou « il coupa le bras au prince, après il devint très gentil. »
La maladie aussi est compliquée, comme quand les médecins vous parlent avec des formules mathématiques. Vous vous doutez qu’il s’agit de vie et de mort, même si vous ne comprenez rien.
Immanquablement on se demande en quoi la famille du film ressemble à la vôtre…
Si ma famille était comme les Vuillard, les repas seraient très musclés ! Ces gens-là disent des choses qui fâchent, avant même l’apéritif ! (sourire) Heureusement ce n’est pas ma famille. Et hélas parce que c’est quand même très rigolo. Non, la famille dont j’aime faire partie, c’est celle des acteurs. J’aime les diriger, faire partie d’eux.
Faut-il beaucoup diriger des gens comme Deneuve ou Amalric ?
On cherche surtout à élargir la palette, d’une prise à l’autre. Etre naturel pour eux, ce n’est pas très dur. Mais si on les fait jouer une scène un tout petit peu différemment, on peut découvrir un truc invraisemblable. La moindre petite réplique peut se transformer en quelque de chose de pathétique, triste, ambigu...
Un petit mot sur Mathieu Amalric. Ecrivez-vous spécifiquement pour lui ?
Non, jamais. J’ai énormément d’estime et d’amitié. Et je ne voudrais pas être blessé ou vexé par un refus, ni lui mettre un couteau sous la gorge. Il arrivera un jour qu’il ne soit pas disponible, pour une raison ou une autre, et il faut absolument qu’il ne me soit pas indispensable. Maintenant je m’aperçois sur ce film, et encore plus avec les années, qu’il a quelque chose de l’ordre du génie.
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La critique de "Un conte de Noël" de Arnaud Desplechin avec Catherine Deneuve, Mathieu Amalric, Anne Consigny
Intense le nouveau Desplechin. Un peu long aussi. Surtout pour l’inhumaine séance de 8h30 à laquelle on assiste avec un bon vieux mal de crane. Des gens qui ont mal au crane, et pas seulement, il y en a plein dans Un conte de Noël.
Soit l’histoire d’une famille française, à jamais traumatisée par la perte du premier enfant. La deuxième (Anne Consigny) est devenue l’aîné malgré elle, et rejette le troisième (Mathieu Amalric), le plus déjanté, tandis que le quatrième (Melvil Poupaud) jouit d’un bonheur trop parfait. Vous suivez ? Pas de souci, l’arbre généalogique est fourni avec le dossier de presse.
Lorsque la mère (Catherine Deneuve) est atteinte d’une maladie grève, nécessitant une transplantation de moelle osseuse, tout ce petit monde se retrouve, à la demande du père (Jean-Paul Roussillon), dans la grande maison de province pour le Noël de toutes les vérités. Tragi-comédie toute est nuances, Un conte de Noël irrite autant qu’elle séduit. Les comédiens sont bavards, mais tous attachants.
Desplechin et son chef opérateur Eric Gautier abusent des effets bizarres, qui renforcent toutefois le côté bizarre du récit. Non, cette famille n’existe pas, elle sort plutôt de la Quatrième Dimension. Et le jeu de massacre auquel elle se livre serait sans doute indigeste s’il ne finissait par remettre un peu d’ordre dans l’âme torturée des uns et des autres. Beau travail.
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