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08-10-2007 23:11
"Le Che, une machine à tuer"
Jacobo Machover est un écrivain, journaliste et universitaire cubain. Né à La Havane en 1954, il est exilé en France depuis 1963 et est l’auteur de "La face cachée du Che"
Photo : DR
Vous voulez dissiper le malentendu autour du Che…
On a voulu le présenter comme un rebelle romantique alors que c’était en fait un stalinien fanatique. Il n’était pas rebelle contre tous les pouvoirs, surtout pas d’ailleurs contre celui de son mentor, Fidel Castro. Au contraire, il était un instrument du pouvoir. Dans tous ses écrits, Che Guevara voue un culte à la mort inouï. On le présente comme un pacifiste alors que c’était en réalité une machine à tuer.
C’est-à-dire ?
Il a ordonné et pratiqué de nombreuses exécutions. Le 11 décembre 1964, à la tribune des Nations Unies, il a déclaré –mot pour mot – ceci : « Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant qu’il le faudra ». C’était un bourreau révolutionnaire.
Quel rôle jouait le Che dans ces fusillades ?
Il a fait condamner à mort 180 personnes, en tant que président du tribunal révolutionnaire de la forteresse de Cabana –la principale prison de Cuba. Parmi ces 180 personnes, il y avait des innocents. Et ces condamnations sont directement imputables au Che. S’il n’a pas tenu le fusil lui-même, il assistait aux fusillades. Sa présence donnait du courage aux soldats qui allaient tirer. Par la suite, il a fait fusiller beaucoup de révolutionnaires qui avaient combattu à ses côtés la dictature de Batista. Mais il y avait encore plus sanguinaire que le Che : Raul Castro, le frère de Fidel. Lui a fait fusiller 70 personnes en une seule nuit.
Pourquoi ce côté sombre du personnage est-il occulté ?
L’image du Che est fabriquée. C’est le résultat d’une manipulation mondiale de la part du régime castriste. C’est aussi dû à la complaisance sans limites des intellectuels et à la méconnaissance totale du public. Les biographes du Che, Pierre Kalfon (« Ernesto Guevara, une légende du siècle ») et Jean Cormier (« Che Guevara », éd. Du Rocher) mentionnent à peine ces exécutions et les justifient toujours. A l’aveuglement collectif s’ajoute une volonté d’occulter ses crimes. Et j’ajouterai même une volonté de les justifier : la révolution serait censée avoir raison même si beaucoup d’innocents perdent la vie. La révolution sans terreur n’existerait pas. Et le Che inspirait de la terreur, auprès des victimes et de leurs familles. A l’occasion de ce quarantième anniversaire, des langues se délient.
Comment était le Che ?
Il était extrêmement arrogant, d’une froideur absolue vis-à-vis de ses victimes. Il était capable de mettre une balle dans la tête d’un homme, pendant la guérilla cubaine, et de décrire, dans son journal, la trajectoire de la balle. Cette image de lui que l’on voit partout est truquée ! On a fait disparaître des éléments du décor, comme une branche de palmier. On a détouré son visage et on l’a solarisé.
Pour lui donner une image christique ?
Oui, sauf que le Christ rédempteur n’a jamais tué personne… Le Che avait beaucoup de sang sur les mains.
Comment réagissez-vous quand vous voyez son portrait sur des T-shirts ou des sacs portés par des jeunes ?
Ça m’inspire une grande tristesse. C’est la marque d’une ignorance totale, dont il faut se débarrasser au plus vite. Les victimes cubaines n’ont pas cette mémoire du Che.
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