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26-04-2007 17:37
"Les handicapés ont droit à une sexualité épanouie"
L'accès à la sensualité et au plaisir pour les handicapés est l'objet d'un colloque vendredi et samedi au Parlement européen de Strasbourg
Photo : dr
Parler de son rapport au corps, à l’intime, au sexe, n’est pas toujours facile. En parler quand on est handicapé l’est encore moins. Afin d’ouvrir le débat sur l’accès à la sensualité et au plaisir pour les handicapés, un colloque est organisé vendredi et samedi au Parlement européen de Strasbourg à l’initiative de plusieurs associations de défense des intérêts des handicapés. Nicolas Bordet, le directeur du programme France de Handicap International et co-organisateur de l’événement, répond à Metrofrance.com.
En France, les personnes handicapées ont-elle une sexualité ?
Oui, heureusement, les handicapés ont une sexualité même si, de par la nature de leur handicap, ils peuvent rencontrer des difficultés pour mener pleinement leur vie sexuelle. Et, comme tout le monde, ils ont droit à une sexualité épanouie.
Pourquoi la sexualité des handicapés est-elle un sujet tabou, ou presque ?
J’imagine que c’est parce que ça ne rentre pas dans la norme de la société française. On préfère ne pas se poser ces questions. On a toujours tendance à voir le handicap avant de voir l’être sexué. Mais je pense qu’il est de toute façon difficile de parler de la sexualité en général, parce qu’elle renvoie chacun à sa propre expérience, et qu’on a parfois des difficultés à parler de la sienne.
Le thème du colloque se concentre davantage sur les handicapés physiques, surtout ceux en état de grande dépendance physique, que sur les handicapés mentaux. Mais avant même de parler de sexualité, il faut parler du respect de la personne et de son intimité. Un handicapé en état de grande dépendance, qui n’a pas l’usage de ses membres supérieurs par exemple, est pris en charge par des professionnels qui le lavent, le manipulent. Dans ces conditions, il est difficile d’être intime avec son corps. Au moment de l’adolescence, ça peut être très dur à vivre.
Que faut-il faire alors ?
Avant tout, laisser la parole à ces personnes pour qu’elles expriment elles-mêmes leurs besoins en la matière. C’est ce que le colloque va permettre. Elles pourront dire si elles souhaitent par exemple la création de postes d’assistants érotiques comme en Suisse ou d’accompagnants sexuels comme aux Pays-Bas, qui leur permettraient d’établir une relation intime, affectueuse voire sexuelle avec des personnes qui seraient formées pour cela. Même si ça n’en est pas vraiment, ça renvoie tout de même à la prostitution. Et il faut donc prendre en compte la législation française qui a une approche pénale de la prostitution.
Il faut débattre aussi de la place du conjoint valide, faire réfléchir les parents d’enfants handicapés sur la sexualité de leur enfant, développer des approches différentes pour les hommes et les femmes, qui n’abordent pas la sexualité de la même manière. Il faut peut-être songer également à donner aux grands dépendants des cours d’éducation sexuelle, ce qui permettrait d’expliquer à un adolescent pourquoi il ressent des pulsions et l’aider à mieux comprendre son corps. Il n’y a pas une seule approche possible ni une solution miracle.
Pensez-vous que la situation des grands dépendants pourrait évoluer rapidement ?
Voilà deux ans qu’Handicap International travaille sur l’organisation de ce colloque au Parlement européen de Strasbourg. Et depuis huit ans, on a mis en place un service d'accompagnement à la vie affective et sexuelle pour les personnes handicapées. Il accompagne la réflexion et la sensibilisation sur ce sujet, et incite les personnes concernées à prendre la parole. En l’état actuel des choses, on ne peut pas encore présenter un projet au gouvernement français, même si Patrick Gohet, délégué interministériel aux personnes handicapées, va clôturer les deux jours de colloque.
Mais depuis 2005 et la loi sur le handicap, suivie de la prestation de compensation en 2006, et de la possibilité pour les personnes handicapées de choisir leur établissement de soins, il y a une évolution de la législation. Aujourd’hui, en France, on est en pleine dynamique de réponse à la problématique du handicap.
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