La faillite du Père Noël

Par Tanguy Pastureau le 22/12/2011 0 commentaires

Le Père Noël est en faillite

Le Père Noël, l’air soucieux, caressait machinalement sa longue barbe, plus fournie encore que celle de Sébastien Chabal, en regardant s’affairer ses lutins. Ils allaient et venaient en sifflotant des chansons de Lady Gaga, les chants de Noël étant considérés dans la profession comme ringards depuis au moins 300 ans (un lutin, comme Jean d’Ormesson, vivait en moyenne 400 ans). Le Père Noël cria : « Rassemblement ! », et tous vinrent se placer devant lui, des poupées qui font pipi plein les bras. « Mes lutins, l’heure est grave. La récession étant mondiale, nous n’aurons jamais assez de cadeaux pour tout le monde ». Un murmure réprobateur se fit entendre dans la troupe de lutins.

Le Père Noël, qui savait que lui-même devrait se séparer de 50% de ses effectifs une fois les fêtes terminées, avait préparé sa fuite là où personne ne viendrait le chercher. En emménageant à Fukushima, il savait qu’aucun lutin ne serait assez fou pour venir lui quémander son salaire. Il reprit : « Cette année, pas de cadeaux pour la Corne de l’Afrique. L’Unicef leur a déjà offert du riz. L’an prochain, on leur enverra de la sauce. Pareil pour le petit-fils de Liliane Bettencourt : il n’a besoin de rien. Il a déjà reçu en cadeau cet automne un portefeuille vintage, qu’il appelle mamie. Par contre, votre ancien collègue est dans la mouise ». Les lutins savaient très bien de qui le Père Noël parlait : Fifi, l’un d’entre eux, avait réussi à se reconvertir dans la vie civile en devenant Président de la République. Il avait été jusqu’à épouser une fée.

« Fifi, qui se fait désormais appeler Nicolas, nous demande un A en cadeau. Il en avait trois et est sur le point d’en perdre un ». Le Père Noël se pencha sur sa liste. « La petite Christine Boutin souhaite recevoir des signatures de maires. Mais j’étais ce matin en communication avec Dieu, elle lui a déjà demandé la même chose : on zappe. Eva Joly, elle, veut une seconde paire de lunettes comme les siennes, au cas où elle les casse. J’ai cherché personnellement dans le stock, impossible d’en trouver d’aussi laides. On va lui refiler les Ray-Ban noires que Fifi nous a renvoyées à la fin de sa période bling-bling ». Toto, l’un des lutins, leva son petit doigt vers le ciel. « Père Noël, que faire pour Jean-Louis Borloo ? Impossible de mettre des cadeaux dans ses chaussettes, toutes ses paires sont trouées ». Le Père Noël réfléchit un instant. « On lui offrira du liquide, on raconte qu’il adore ça ».

La star barbue se redressa. « Villepin demande un peigne, on lui met un râteau, c’est ce qu’il faut pour son brushing. Il nous le rendra au moment de recevoir son deuxième râteau, lors du premier tour des élections ». Il regarda ses lutins, cherchant parmi les gentils visages réjouis lesquels il devrait virer, et se dit, farfouillant dans sa barbe, qu’il n’avait pas un métier facile.

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