Dominique de Villepin sourit à Frédéric Nihous, le candidat des chasseurs. « Frédéric, aidez-moi : j’ai acheté 25 pièges à loup, mais je ne sais pas comment les installer. Si je vous donne trois signatures de maires en échange, vous le faites pour moi ? ». Nihous rajusta sa carabine sur son épaule et se mit à jouer du cor de chasse, signe qu’il était d’accord. « Où c’est-y que vous voulez que j’les mette, cré vin diou ? ». Villepin baissa les yeux, un peu honteux. « Dans les jardins de l’Elysée. J’ai une grosse bestiole à faire sortir de son terrier ». Nihous acquiesça, avant de lui tendre une dépouille. « Excusez-moi pour votre chat. Il est sorti de derrière le canapé, j’ai eu un réflexe idiot. L’animal n’a pas souffert ».
Villepin, qui nourrissait une haine féroce contre Nicolas Sarkozy, n’avait annoncé sa candidature à la présidentielle que pour le faire enrager. Il lança une fléchette sur un poster à l’effigie du président et, visant le nez, marqua mille points. La veille, il avait eu recours à un sorcier vaudou qui avait planté des aiguilles dans une poupée censée représenter Sarkozy. Malheureusement, l’homme n’ayant qu’une poupée Ken, c’est lui, Villepin, le politique qui se rapprochait le plus physiquement du mari de Barbie, qui avait eu le dos traversé d’intenses douleurs. Convulsant au sol, il avait fait filmer la scène par un assistant. « Si l’on met la vidéo en ligne, les gens vont penser que je pratique la break-dance, ce sera un signal fort envers les jeunes électeurs », avait-il précisé avant de tomber en syncope.
Dominique de Villepin avait tout fait pour nuire à son ennemi juré. A la naissance de la petite Giulia, il s’était introduit dans la maternité et avait échangé le bébé contre un autre nourrisson. Le fait que l’enfant soit noir et de sexe masculin n’avait pas semblé alerter le président, qui n’avait pas encore eu le temps de le voir, accaparé qu’il était par la crise de la zone euro. C’est Villepin qui, déguisé en cerf, avait déboulé juste devant la voiture présidentielle, l’obligeant à s’encastrer dans un talus. C’est encore Villepin qui avait fait à Didier Gustin un énorme chèque avant que celui-ci, imitant Sarkozy au téléphone, ne traite Angela Merkel de grande dinde, écornant les relations franco-allemandes.
Villepin était désespérément seul. Le soir de son annonce de candidature, n’ayant ni supporters ni amis, il avait diné en tête-à-tête avec lui-même, ce qui l’avait obligé à payer l’addition. Puis, afin de se féliciter lui-même, il s’était mis de grandes claques dans son propre dos. Le lendemain, il souffrait d’un énorme claquage musculaire des deux bras. En réalité, il n’y avait qu’une personne pour lui tendre la main, mais il était prêt à la mordre jusqu’au sang, les yeux révulsés : c’était celle du président Sarkozy.






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