Hervé Morin n’a rien à dire

Par Tanguy Pastureau le 02/12/2011 0 commentaires

Hervé Morin (AFP)

La compagne d’Hervé Morin se disait qu’elle avait de la chance. D’abord parce qu’elle sortait avec un beau gosse, sosie de George Clooney (pour peu qu’on le regarde de dos, dans le noir et avec de l’alcool dans le sang). Ensuite parce qu’il était toujours plein de petites attentions. Ainsi, elle le surprit en train de feuilleter un catalogue de la FRAM. « Hervé, tu nous prépares un week-end en duo aux Baléares ? Je t’aime ! ». Morin releva la tête. « Désormais, ce n’est plus Hervé, mais monsieur le Président. Et de quel droit me tutoyez-vous ? Enfin, pour toute demande d’autographe, voyez avec mon attaché de presse ».

Hervé Morin n’avait pas le début de la queue d’une idée qui lui permette de se distinguer des autres candidats à la présidentielle. C’est pourquoi il misait tout sur les lieux absurdes d’où il faisait ses interventions. Il avait filmé ses vœux de bonne année dans sa cuisine, les deux mains plongées dans les entrailles d’une truite et les joues ruisselantes de jus de porc. Il s’était déclaré candidat au pied du Pont de Normandie, ce qui était un excellent choix : les odeurs de rats crevés qui émanaient de la Seine provoquant des malaises en série chez les centristes, ses supporters, évanouis, n’avaient pas remarqué qu’il n’avait rien à dire.

Morin appela, en visioconférence, son conseiller en communication. « Gilles, avant que vous ne disiez quoi que ce soit : oui, je suis dans mes toilettes. J’ai choisi cet endroit pour compenser la platitude de mes propos. C’est pour vous clouer le bec que j’ai fabriqué cette pyramide, derrière moi, de rouleaux de papier hygiénique ». L’homme du Nouveau Centre avait finalisé son planning. « Le 15, je ferai un discours sur le viaduc de Millau. Je ne dirai rien d’important, puisque tout le monde regardera le viaduc. Si des journalistes me posent des questions sur mon programme, vu que je n’en ai pas, je sauterai à l’élastique depuis le pont. Sans élastique ; comme ça, si je meurs, on ne parlera pas de ma candidature. Le 17, je serai en conférence au Moulin Rouge. En mettant la musique à fond pendant que des filles avec des plumes dans la croupe dansent sans soutif, personne ne fera attention à moi. Enfin, pour le 19, j’ai cassé mon Codevi : pour la convention du Nouveau Centre, je me suis payé Lady Gaga. Elle va venir vêtue de steaks. Je ne lui ai pas dit que les gens seront équipés de fourchettes. Pendant qu’elle se débattra pour survivre, au moins, la presse ne parlera pas de mes idées ».

Le conseiller en communication l’arrêta. « Monsieur Morin, mais quelles idées ? ». Hervé Morin réfléchit, puis répondit : « Je n’en ai pas. C’est pourquoi, pour que nous en parlions, je préfère qu’on se donne rendez-vous demain, devant le Taj Mahal. Vous verrez, c’est magnifique. Et au moins, vous ne m’écouterez pas ».

[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Twitter] [Windows Live] [Yahoo!] [Email]
Dans la catégorie: Non classé Tagged with: , , , , ,