La Nouvelle Racaille Française

par Mabrouck Rachedi

Macao n’existe pas, le romantisme non plus

Par Mabrouck Rachedi le 16/10/2010 0 commentaires

La température a baissé à Hong Kong, passant de suffocante à agréable. Le temps idéal pour aller à Macao mais ça ne s’est pas fait. Trop de touristes pendant le week-end, mieux vaut attendre le cœur de la semaine pour s’aventurer dans l’ancienne colonie portugaise.

Comme nous nous étions de toute façon levés tôt, nous avons crapahuté sur l’île de Hong Kong via le ferry. Pendant l’attente à l’accueil, un rapide coup d’œil au journal montre que la femme voilée frappée en France choque à Hong Kong et parmi les écrivains invités. Avis à nos politiques : l’image de l’Hexagone ne se dégrade pas seulement à cause du comportement de son équipe de foot pendant le mondial.

Un petit point sur la géographie de Hong Kong. Elle se décompose principalement en trois parties :

- La péninsule de Kowloon
- L’île de Hong Kong
- Les Nouveaux Territoires (que je n’ai pas encore visités)

L’île reste la partie la plus riche de la Région Administrative Spéciale mais le centre de gravité tend peu à peu à se déplacer vers les terres intérieures.

Hong Kong est une ville cosmopolite par excellente. L’immigré à bas salaire, c’est le Philippin. Dans le ferry, puis aux abords du quai, la présence philippine est très visible et très féminine. Ici, Patrick Juvet chanterait « Où sont les hommes ? ». Au milieu d’elles, plutôt petites, j’ai l’impression d’être un géant. Les Philippines se retrouvent dans des endroits précis, où elles occupent l’espace public. Il n’est pas rare de voir un groupe de 20, 30, 40, 50, 60… assis à même le goudron des trottoirs. J’ai même assisté à la scène étonnante d’une cinquantaine de femmes en train de regarder deux écrans de rue comme à la maison.

J’ai réalisé que je pouvais peut-être me balader de bout en bout de l’île en un jour. Je ne l’ai pas fait car j’étais accompagné, d’où le passage par la case métro et tramway mais je risque de titiller mon tendon pour voir jusqu’où il me portera. Il y a aussi ces îles sauvages dont on me parle tant et qu’il me tarde de découvrir.

Hong Kong n’est pas si propre, en fait. C’est une ville de contraste où la modernité côtoie la tradition. Les abords des stations de métro rutilent sous les enseignes de luxe mais quand on s’éloigne, une autre réalité apparaît. J’avais été leurré par les espaces communs à faire pâlir les laboratoires de recherche médicale de pointe mais c’est bel et bien le paradis de la pollution, de la construction anarchique, du capitalisme. Dans quel autre endroit verrait-on une publicité vantant un produit avec le slogan « vous passerez plus de temps avec votre patron » ? Un argument inaudible en France, surtout vu la période que nous traversons aujourd’hui.

Hong Kong a des défauts mais j’ai été  surpris par les aménagements réservés aux aveugles et aux handicapés. Par exemple les feux tricolores qui, en plus des signaux verts et rouges, comportent des sons distincts pour les non voyants. L’abord des trottoirs est marqué par une surface différente et les passages piétons sont délimités par des légers reliefs. Dans le métro, j’ai été interpellé par une lumière rouge clignotante à mon passage. Je croyais que j’avais été repéré pour un forfait quelconque. Que nenni, c’était juste une personne handicapées qui appelait une plateforme qui la hisserait en haut des escaliers. Ou comment on arrive efficacement à intégrer les différentes composantes de la population.

En vrac, dans cette journée loin d’être terminée : la visite au marché aux fleurs, pas très intéressante, la montée du plus grand escalator du monde, le jardin aux oiseaux, un repérage de plus en plus fiable dans ce champignon urbain, un vrai repas local (il fallait bien se lancer), etc.

Le concept le plus drôle reste le « romantic hotel » et toutes ses succédanées. Le principe : le paiement se fait à l’heure, si tu vois ce que je veux dire. Il y a même un emplacement de parking couvert par des rideaux, pour les plus pressés. Je n’ai pas poussé l’enquête pour savoir si des tarifs dégressifs ou progressifs étaient pratiqués ou si des réductions étaient prévues en cas de précocité. A Hong Kong, le temps c’est de l’argent, même dans la plus stricte intimité. Le romantic hotel ou le paradoxe du romantisme à la sauce chinoise.

Le vrai romantisme, à la sauce française, j’essaie d’en être le digne ambassadeur. A l’étranger, on se rend compte qu’il n’est pas si fréquent de laisser sa place à une femme dans le métro ou de tenir la porte à la personne derrière soi. En revanche, je ruine un peu l’image du Français bon vivant, amateur de vin et de bonne bouffe.

Dernier point totalement anecdotique, en regardant les milliards de cartes de visites reçues hier, dans un remake d’une scène fameuse d’American Psycho, j’ai remarqué celle de Mr. P.K. Chiu. Mon neveu sera fier de moi quand je lui tendrai la carte Pokémon de Pikachu.

Je file à l’assaut de la ville, à pied. Mon but est de devenir un GPS sur pattes d’ici le milieu de la semaine prochaine. Et je vais voir mon ami R., ce soir, avec le sentiment un peu triste que j’écris peut-être en ce moment les toutes dernières lignes de ma vie.

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La grande bouffe et la surprise du chef

Par Mabrouck Rachedi le 15/10/2010 0 commentaires

La vie est pleine de surprise. Pour savoir pourquoi, je vais raconter mes dernières 24 heures dans un sens chronologique inversé.

Tout d’abord, cet après-midi, avec la cérémonie d’accueil des auteurs. Très officiel. Je dois être introduit par un attaché culturel de l’ambassade de France. Une règle constatée à travers les continents veut que les écrivains s’habillent n’importe comment. Moi, à la moindre occasion, j’enfile le costard et comme, en plus, j’en avais apporté un dans mes bagages, je n’allais pas me priver. Un Français en costard, sept autres écrivains en jeans, en sandales, en t-shirt, etc. Je suis dépareillé mais j’ai accompli mon devoir d’exporter la « French élégance » à Hong Kong.

Ce genre de cérémonie peut-être à double tranchant. Tu t’attends à être reçu par le pingouin de service qui, le sourire figé, ne pipera pas un mot. Eh bien, dans mon cas, c’est la bonne pioche, le mec est super drôle, super détendu, super sympa. Ancien professeur, il me met à l’aise et s’est même renseigné sur ma petite personne. Limite j’ai envie de le tutoyer mais ça se fait pas, hein.

La cérémonie se déroule normalement jusqu’à ce détail cocasse, quand on nous demande de tenir une torche artificielle. A la place de la flamme, une lumière et un morceau de papier crépi agité par une mini-aération, all made in China. La main droite levée haut dans une imitation dans la statue de la liberté, je me sens grandi par le flambeau de la culture que je porte haut à travers le monde. A la fin de mon séjour, je devrais avoir un échantillon de toutes ces photos conceptuelles, je te promets que si je mets la main dessus, tu vas bien te marrer.

Place aux lectures où chaque écrivain va égrener un extrait de son livre. Moi, ce sera le chapitre 5 ans du Petit Malik. Je suis brillamment introduit par B., l’attaché culturel, puis j’enchaîne par un bonjour en français, en anglais, en cantonnais et en mandarin. Oui, je sais, j’aurais aussi pu le faire en tyrolien mais je me suis dit que ce serait too much. La lecture est en français, ce qui me met dans une position très confortable. Si je me plante, seul B. pourra comprendre un traître mot dans cette assemblée. Alors je débite mon texte en confiance, avec cette sensation assez neuve de me débrouiller pas trop mal dans cet exercice où je suis normalement pas très bon. Au retour sur ma chaise, surprise, plusieurs personnes me félicitent en français. B. m’avait prévenu : méfiez-vous des francophones cachés. Il avait raison, comme dans l’Iowa, je découvre qu’il existe une cinquième colonne de la langue de Molière et de Jean Michel Jarre.

La France, c’est quand même quelque chose. Partout où je vais, il y a toujours cette lumière d’admiration pour le passé culturel de notre pays. Notre France fait rêver l’étranger, c’est avec d’autant plus d’ironie que j’entends sourdre, à près de 10 000 kms, la colère justifiée des manifestants hexagonaux. Entre notre histoire glorieuse et la politique actuelle, il y a un grand, grand, grand écart.

Cette lecture me laisse entrevoir une frustration éternelle et habituelle. Dans ce passage des 5 ans du Petit Malik, j’introduis le personnage de Bruno, marchand de glaces. Bruno, tout le monde l’aime dans le livre. Il faut croire que l’amour déborde aussi dans la réalité. On ne me parle que de lui. Les spectateurs me félicitent en me parlant et en me reparlant de Bruno. Je réalise que ce livre n’aurait jamais dû s’appeler « Le Petit Malik » mais « Le Petit Bruno ». Juste après la lecture, puis pendant le dîner, les francophones cachés et ceux qui ont lu les traductions anglaises et chinoises – et je vous assure qu’ils l’ont bien lue vu les détails qu’ils me donnent – soulignent combien Bruno est touchant, combien l’histoire berce entre la légèreté de ton et la gravité de la chute. Adam s’envolera même pendant une demi-heure dans un exposé ligne par ligne qui m’en apprend sur ma propre écriture !

Le cocktail qui suit me voit ressortir mon arsenal de crevard révélé dans Eloge du Miséreux. Dès les petits-fours finis, je me rabats sur les gâteaux et je peux même repasser du sucré au salé, dans un mélange des genres qui, dans d’autres lieux, ne laisse d’étonner ma sœur Habiba. Même si j’ai bien mangé la veille et au petit-déjeuner, il faut croire que mon estomac ne s’était pas remis de ma disette originelle.


Je profite d’un peu de temps libre pour visiter le port où je fais la rencontre inattendue de Bruce Lee sur l’avenue des stars. Près de 40 ans après sa mort, il est toujours vénère, le Bruce, la pose de combat coulée dans le bronze. Je précise que je n’ai pas daigné prendre une photo de l’étoile de Jackie Chan (dont j’apprendrai qu’il n’est pas très aimé à Hong Kong), on ne mélange pas le Pepsi et le Coca.

Au retour, un dîner. Trois repas de suite, c’est le grand soir. Un grand restaurant dans l’équivalent de l’avenue Montaigne de Paris. J’aurais bien acheté une bague Cartier à 10 200 euros mais je n’avais pas le temps alors j’ai rejoint les autres au resto à 10 200 dollars hongkongais, heureusement offert.

Depuis que mes hôtes savent que je ne mange pas de porc, c’est la merde. Ils sont aux petits soins et dès qu’une assiette contenant un milligramme de la queue tire-bouchonnée d’un porc s’approche à un kilomètre à la ronde de moi, ils me répètent 10 fois « non, ça c’est du porc ». Ils ont gentiment préparé un menu de substitution pour moi mais c’est encore la merde. Ils se sont tellement démenés que tu ne vas pas leur dire que le truc qu’il te servent est juste dégueulasse. Alors tu te retrouves à bouffer un pancake fourré aux haricots rouges avec un sourire composé alors que, sans mauvais jeu de mots, tu voudrais que ça pète. Vomir sur leurs pompes cirées la bile qui te remonte de l’estomac et que tu te retiens avec la dernière force et ce fucking sourire composé qui vire au crispé. J’aurais dû me méfier, deux personnes m’avaient particulièrement recommandé ce dessert so sweat : un Chinois, baignant dans cette culture, et une Anglaise, habituée à l’horreur culinaire.

Le repas, c’est la merde, troisième et dernier chapitre, quand tu es au milieu de deux Hongkongais. Je n’ai pas encore assimilé toutes les subtilités de l’accent local et il se trouve que mes deux voisins sont particulièrement volubiles. Le pire, c’est que celui de gauche sort des vannes que tu ne captes pas mais il faut l’accompagner d’un rire à peu près naturel dans le bon tempo. Ca marche une fois, deux fois, trois fois, mais la quatrième, il se demande pourquoi tu ris à cette phrase neutre. Tu réalises que tu viens de briser toute ta crédibilité sur ce coup-là, que tous tes rires passés et futurs seront sujets à caution.

Maintenant, retour en arrière, avec la surprise du chef, la veille. Le mail de mon ami R., agrémenté d’une offre impossible à refuser : une invitation à dîner. J’avais enfin mangé et même super bien mangé. Mes yeux arrondis devant la nourriture et mon coup de fourchette gargantuesque ont trahi ma famine des premiers jours. Les écrivains crèvent tellement la dalle ? m’a demandé R. Ma réponse : passe-moi le sel s’il te plaît.

R. est un ami rencontré il y a une douzaine d’années. Mon université proposait une collaboration avec une grande école où R. suivait ses études. Lors d’un examen de compléments d’économétrie linéaire, tout le monde s’est lamentablement planté à cause de la première question. Sauf mon voisin et moi. Moi, parce qu’au lieu d’appliquer le Théorème Central Limite Généralisé, j’ai posé une simple division euclidienne de polynômes. Mon voisin, R., parce qu’il avait copié sur moi. Je peux l’avouer maintenant, il y a prescription. A l’époque, cette « coïncidence » avait soulevé quelques suspicions. Les statisticiens croient peu au hasard. L’universitaire, moi, était dans la position de l’accusé plutôt que l’éminent élève d’une grande école. Je n’ai jamais rien moufté, R. était à deux doigts de craquer quand je lui ai fait jurer de ne pas compromettre sa scolarité par excès d’honnêteté. Pas de preuves, pas d’accusation, tout tenait dans notre volonté à tenir notre langue. « N’avoue jamais » n’est pas seulement une chanson de Guy Mardel, c’est la loi de mon quartier.

Une amitié indéfectible est née de cette péripétie. Je ne regrette rien de cette entorse à la vérité, surtout quand je vois la grande réussite professionnelle de R. Mon ami a la classe discrète, m’offrant le repas sous mes récriminations de façade. A ce prix-là, dans ce grand restaurant, la moitié de ma bourse mensuel y passait. Maintenant, je dois un Mc Do à R., et crois-moi, ce sera bel et bien un Mc Do, je refuse d’avoir à vendre ma mère par correspondance pour régler une addition.

L’affabilité de R. s’est poursuivie par une multitude de petits gestes. Ca en devenait gênant d’avoir l’impression de toujours être en position de recevoir l’aumône. Le différentiel de niveau de vie entre le financier, même en pleine crise, et l’écrivain, même en pleine ascension, reste béant. R. m’a lancé à la volée une invitation à son bureau le lendemain matin. Une offre que, en pleine réhabilitation alimentaire, je ne pouvais pas refuser, puisqu’elle incluait aussi un petit-déjeuner offert par sa boîte.

Je m’attendais à prendre le métro avec R. mais c’est un chauffeur qui s’est présenté à l’accueil de l’hôtel, pour rechercher Mr. Rachedi, sous le regard interloqué d’un écrivain du programme passant par là. La circulation, d’abord fluide, s’est densifiée à l’approche de l’un des plus grands centres financiers de la planète mais j’avoue que le kif du chauffeur a rendu l’attente plus douce. Et enfin, je voyais en plein jour les paysages de Hong Kong dans toute leur démesure.
R. m’a accueilli avec le sourire, un badge à la main pour m’autoriser l’accès au 100000ème étage d’une tour d’environ 1000000000. Le tout parcouru en une distance record de 0.00000002 nanosecondes. Dans ce haut lieu de la finance, l’aéroport de Hong Kong m’a soudain paru super crade. A ce niveau d’aseptisation, il faut croire que les employés s’empêchent de respirer pour éviter d’embuer les vitres ou que leur air est filtré par une pompe greffée aux poumons.
R. est un petit cachottier. Ce n’est pas seulement un trader, c’est le chef d’une équipe de 17, 16 se corrige-t-il, puisqu’il est à la recherche d’une 17ème personne. La lueur dans son regard au moment de ce soi-disant accro révèle tout. La scène de fin de Usual Suspects se déroule dans mon esprit. Le resto classe, les millions d’attentions, le chauffeur matinal… rien n’était dû au hasard. R. souhaite m’embaucher.

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Je t’aime

Par Mabrouck Rachedi le 14/10/2010 0 commentaires

La culture rassemble autant qu’elle divise. Prenons par exemple Mc Donald’s, une enseigne connu de tous, partout dans le monde. Le Big Mac est le plat le plus mangé, pour le meilleur et pour le pire. Prenons maintenant Pacific Coffee. Ca ne te dit rien, n’est-ce pas ? Moi non plus. Quand notre Jean Echenoz hongkongais m’a donné rendez-vous au Pacific coffee, j’ai cru bêtement que c’était celui du campus, à trois minutes à pied de mon hôtel. Or, Pacific coffee est une enseigne aussi répandue que Starbucks à San Francisco. En l’occurrence, tandis que « Jean » m’attendait à Festival Walk, un centre commercial implanté autour d’une station de métro, comme il est de coutume à Hong Kong, moi je l’attendais au campus. Au bout d’une heure de retard, j’ai trouvé ça bizarre, il a trouvé ça bizarre, on a fini par se emailer et se retrouver. Pour une petite heure, après un an sans se voir mais on a promis de remettre ça. Tout sauf le Pacific Coffee. Mc Do, c’est définitivement plus sûr.

La petite heure, c’était à cause de mon intervention universitaire, ma première, d’où une certaine pression. J’arrive à l’heure au lieu de rendez-vous en tombant par hasard sur l’entrée du vieux campus. Depuis la veille, je n’ai cessé de demander si la professeur était française. Son prénom : Beatrice. Ca laissait un vague espoir mais il faut se méfier des faux amis, ça peut-être traître. N’est-ce pas Eric Besson ? Il se trouve que la Beatrice en question s’appelait en fait Béatrice avec l’accent aigu, qu’elle était bien française et, cerise sur le nian gao, elle donne sa classe en français. Tout à coup, la pression n’existe plus d’autant que le spare se transforme très vite en strike.

Je vais vous révéler quatre choses qu’il faut savoir sur moi :

1. Quand tu me mets une classe, c’est comme si tu mettais Johnny Hallyday devant une scène. Même blessé, je donne tout.
2. La fatigue est un désinhibant comparable à la vue d’une caméra sur la libido de Paris Hilton.
3. Mets-moi devant quelques femmes et ma formation accélérée Vicomte de Valmont se met en place.
4. Donne-moi un micro et c’est no limit, comme lors de mon stand-up improvisé à San Francisco l’année dernière.

Aujourd’hui, j’intervenais affamé et un peu jet lagué devant une classe composée d’une assemblée à 95 % de femmes, avec un micro. Autant dire que j’étais comme à la maison. Et, en effet, tout s’est très bien passé, on prévoit déjà d’autres rencontres avec la classe et, ne me demande pas comment, j’ai appris comment dire « je t’aime » en cantonnais. Ici, on me dit « you’re soooooo French » chaque fois que je parle à une personne du sexe opposé. A ma façon, je défends l’image du Français.

Quelques enseignements de cette rencontre. Ont été cité : Colette, Sagan, Saint-Exupéry, Mérimée, Hugo… mais aussi Tatiana de Rosnay, Muriel Barbery, Jean Teulé. Même si l’une des élèves avoue préférer les écrivains français morts (ce qui m’a donné certaines idées d’évolution de carrière), la flamme subsiste quand Clara part dans une envolée sur « Elle s’appelait Sarah » qu’elle a trouvé grandiose. En musique, on m’a cité « Allumez le feu » de Johnny, « Jardins d’hiver » de Keren Ann et « Le Poinçonneur des Lilas » de Gainsbourg. Pour élargir le répertoire, j’ai proposé ma version de « La fièvre » de NTM. On pourra dire que je leur ai mis la fièèèèvre, pendant des heures.

Jean-Luc, un prof de l’université, m’a offert les munitions de ma vengeance. Ici, ils n’arrivent pas à prononcer son prénom alors évidemment, je le leur ai fait répéter 100 fois par pur sadisme. Jean-Luc sera désormais mon meilleur ami sur le campus. Ce sera le paravent à toutes les brimades insidieuses que je subis à cause de mon cantonnais approximatif.

J’aurais aimé parler de ma carte octopus, de ma carte affiliate, de ma cérémonie officielle de demain avec une torche, de ma plongée dans le métro, du week-end qui s’annonce serré entre la rencontre prévue avec Gavin’s (si tu me lis, donne de tes nouvelles), mon pote trader qui prévoit le grand huit, la soirée donnée par les Slavick et un voyage surprise à Macao. Si je survis à ça et à la quête éperdue de nourriture – je commence vraiment à inquiéter mes hôtes – je reviendrai bientôt.

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La Nouvelle Racaille Chinoise

Par Mabrouck Rachedi le 13/10/2010 0 commentaires

9600 kilomètres de la France, Hong Kong. Parmi les 7 millions d’habitants de la région administrative spéciale chinoise, moi. Débarqué dans ce petit bout de terre hier, je m’ouvre à un autre monde que je vous ferai découvrir par l’intermédiaire de chroniques dont voici la première.

Hong Kong est loin. 11h30 de vol, c’est chiant. Les journaux distribués par la compagnie aérienne sont tous financiers. Tu sais que tu mets les pieds dans le paradis du capitalisme flamboyant. Un grand retour en arrière pour moi, ancien analyste financier dans une société de bourse.

11h30, c’est chiant surtout quand tu te retrouves à côté de M. et Mme Cassecouilles. Pourtant, tout est parti d’une bonne intention. J’ai échangé mon siège avec une passagère voulant voyager à côté de deux de ses amies. Le volume réglé à 150 000 décibels, Mme Cassecouilles est du genre à demander à son mari endormi s’il veut pas un peu d’eau environ 50 000 fois. A la 50 001ème fois, M. Cassecouilles répond non, tout l’avion s’est réveillé et Mme Cassecouilles ne trouve rien de mieux qu’à vociférer S’IL NE VEUT PAS AUTRE CHOSE, ALORS. Heureusement, j’avais plein de mauvais films à regarder pour couvrir le concert de la fille cachée de la Castafiore et d’Assurancetourix.

L’arrivée à l’aéroport est un choc. Bienvenue dans le monde aseptisé du nouvel aéroport de Hong Kong, ouvert il y a une dizaine d’années. Là, tout n’est que luxe, calme et propreté. Un génocide de papiers, bactéries et autres détritus a lieu tous les jours à Hong Kong sans que l’ONU ne bouge l’auriculaire. Le miracle se prolonge dans les rues où c’est à se demander si les arbres eux-mêmes ne se retiennent pas de laisser tomber leurs feuilles. Le pire, c’est que je n’ai encore vu aucune camion-poubelle ou une moto-crottes. C’est ce qu’ici, on appelle la discipline, ce mot un peu barbare qui fait que les gens attendent au feu vert même quand il n’y a pas une voiture à 300 kms à la ronde. Moi qui suis du genre à traverser n’importe où, n’importe comment, on me regarde comme la dernière des racailles quand j’ose m’écarter d’un demi-centimètre d’un passage pour piétons. Attention, ça rigole pas, l’infraction au feu peut coûter une amende au piéton pressé. J’aimerais secrètement en avoir une pour enfin avoir un casier judiciaire quelque part dans le monde et mériter le titre de Nouvel Racaille Chinoise.

Le programme d’écriture qui m’accueille pour un mois avait tout prévu. Si on ne se voyait pas au hall d’arrivée, je devais appeler un numéro, sinon, au bout d’une heure, rendez-vous au Burger King de l’aéroport. Au bout de deux heures, un avis de recherche était lancé et au bout de trois, l’armée était mise dans le coup. J’ai longuement hésité à me rafraîchir au sortir de l’avion sachant que Supercopter pourrait être mobilisé si je traînais pour faire sécher mes mains.

Hong Kong, c’est une enfilade de buildings. A moins de 50 mètres de haut, tu n’existes pas. J’ai soudainement l’impression d’habiter dans une petite villa en France. J’ai traversé la moitié du monde pour encore me retrouver en haut d’une tour, passant du vestige humain de ma cité au vertige humain de la mégalopole hongkongaise.

Ici, on me fait sentir que je suis attendu. Déjà, je suis le premier Français jamais invité par ce programme. Il paraît que l’International Writing Program, où j’avais été sélectionné pour un séjour de trois mois aux Etats-Unis, m’a dépeint selon les termes les plus laudatifs. Mes conférences seraient « puissantes », « passionnantes », « captivantes »… A chacun des superlatifs, j’ai senti le poids de la pression affaisser mes épaules. Dès demain, j’ai ma première intervention. Il va falloir que je sois crazysexycool, en anglais dans le texte. L’ironie veut que, vendredi, un attaché culturel de l’ambassade de France m’introduira solennellement lors d’une cérémonie officielle avec mes pairs écrivains. Comme aux Etats-Unis, il faut que je sois à l’étranger, dans un programme financé par l’étranger pour que des autorités culturelles françaises daignent me prêter une quelconque attention. Nul n’est prophète, etc.

J’ai ajouté un détail involontaire qui a agrandi mon prestige. Je vais revoir un ami, qui se trouve être un écrivain super connu à Hong Kong. Ce que je ne savais pas. Un peu comme si je te disais que je rencontrais Jean Echenoz et que je m’étonnais de ton étonnement. Demain, il va décidément falloir que je sois au top malgré le jet lag.

Les gens s’inquiètent ici. J’ai la réputation du mec-qui-ne-mange-pas. A mon arrivée, j’ai passé 24 h sans manger mais bon, j’étais fatigué. Réveillé au milieu de la nuit, j’ai eu envie de me bouffer un bras tellement j’avais faim. J’ai survécu en me mangeant un doigt, un moindre mal. De toute façon,  à quoi sert un auriculaire depuis le coton-tige ? A la réception offerte par nos hôtes, j’ai été le moins gourmand. Faut dire, c’est quoi ces trucs qu’on me présente comme de la nourriture ? Je ne mange pas de porc, ce qui élimine la moitié des aliments comestibles, et j’ai une méfiance toute particulière pour ce qui baigne dans la sauce et que je n’arrive pas à identifier. Tu es sûr que tu n’en veux pas ? Non, j’ai encore un deuxième auriculaire en cas de famine et je commence déjà à m’interroger sur l’utilité intrinsèque de l’annulaire pour un indécrottable récalcitrant au mariage.

Mais n’aie crainte, cher lecteur, je n’en arriverai pas là. J’ai découvert l’oasis au milieu du désert. Un Mc Donald’s ouvert 24h sur 24. Du genre, t’as une petite faim à 4h28 du matin, tu te fais un menu Fishburger avec une sauce ketch up dégueulasse mais au moins, tu sais que ce que c’est. N’empêche, se taper 9600 kilomètres pour bouffer au Mc Do, c’est la lose.

Heureusement, je connais des amis français dans le coin. Je vais même rencontrer Gavin’s, autre éminent blogueur de Métro, ce week-end. Une fin de semaine qui s’annonce riche puisque je vais aussi  retrouver un ami, ancien collègue devenu trader à Hong Kong. Quand j’ai commencé à lui raconter l’exposition consacrée à l’écrivaine Eileen Chang, il m’a interrompu. Arrête de faire l’intello, papy. Il va me faire découvrir « l’autre Hong Kong ». Cher lecteur, Je crains hélas ne pas pouvoir tout te raconter de mon mois à Hong Kong…

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A nos chibanis, bâtisseurs méprisés de la France

Par Mabrouck Rachedi le 15/09/2010 0 commentaires

Cet été, J’ai entendu le président de la République évoquer « cinquante ans d’immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à mettre en échec l’intégration » à l’occasion d’un discours à Grenoble. Mes oreilles ont sifflé.

J’ai alors pensé à un jeune homme marié qui  habitait jadis un village en Algérie, département français quatre fois plus grand que sa métropole. Un jour, après 132 ans d’une colonisation insuffisamment humaine qui ont abouti à mettre en échec l’assimilation forcée, des métropolitains sont venus lui serrer la main et lui proposer un travail. Ce rare geste de politesse n’en était pas vraiment un. A la poigne, ces recruteurs qui ne disaient pas leur nom, évaluaient s’ils avaient en face d’eux un travailleur en bonne santé. L’homme passa le test et fut convié à traverser la Méditerranée pour accompagner la croissance des Trente Glorieuses. Il vint seul, logé dans un foyer Sonacotra. Ses conditions de travail ? Celle d’un journalier, s’attablant au zinc d’un café chaque matin en attendant que les patrons viennent faire leur marché en main d’œuvre. Ouvrier un jour, maçon le lendemain, peintre en bâtiment le surlendemain, etc. l’homme effectua tous les travaux de force possibles et imaginables. Il ne se plaignit jamais. Ni de ses conditions de logement insalubre ni de ses conditions de travail pénibles et précaires. « Quand on travaillait bien, on avait du boulot à cette époque-là » disait-il avec la satisfaction d’être rangé parmi les bons. Son silence était la souplesse de l’élégance.

L’homme était fier et quand il a eu amassé suffisamment pour faire venir sa femme, il le fit. Huit ans plus tard. Ensemble, ils eurent des enfants, connurent l’ascension sociale les menant du studio sans eau courante à des bâtiments de banlieue présentés comme révolutionnaires. Ils ne ménagèrent pas leur peine. L’un traversa la crise en s’entendant parfois dire qu’il piquait le boulot des Français, l’autre éleva sa famille nombreuse à la force du poignet. Tous les deux ont tenu à ce que leurs enfants aient la meilleure éducation possible et de fait, ils ont obtenu des résultats scolaires plutôt satisfaisants. Les enfants ont appris quelques petites leçons à l’école de la République : l’histoire de leur pays, la philosophie des Lumières, la possibilité du regard critique sur le monde… Ces nouveaux enfants de France, armés de ce savoir, se demandèrent pourquoi ils n’étaient pas regardés comme Français, pourquoi il fallait toujours raser les murs. Les parents ne comprenaient pas ces questions superfétatoires ; ils ne comprenaient pas que les enfants étaient chez eux, en France.

Cet homme dont je vous parle était mon père. Avec ma mère, ils ont tellement bien inculqué le goût du travail et de la passion à leur onze enfants que les deux plus jeunes sont devenus écrivains. Ma sœur et moi. C’est à eux que nous pensons, ainsi qu’à tous les chibanis qui ont contribué à construire la France lorsque, dans La Petite Malika, notre roman, nous écrivons le  portait d’un des leurs. « La perspective de trois quarts dos donnait à voir un vieil homme le visage taillé à la serpe, arc-bouté sur sa canne. Le chapeau mou s’effritait sur les bords, la veste élimée datait d’avant ma naissance, le pantalon en velours remontait trop haut sur la ceinture et tombait trop bas sur les mocassins à glands usés. Malgré sa posture courbée, il dégageait cet indicible charisme qui émane des chibanis ». Car c’est grâce à notre plume comme arme d’expression massive que nous leur rendrons, à la mesure de nos modestes possibilités, un hommage digne. Car dans la France d’aujourd’hui, le silence est le courage des lâches.

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Tongs vs. Espadrilles : le clash (Round 2)

Par Mabrouck Rachedi le 05/08/2010 0 commentaires

Look

Nous abordons un sujet délicat, discuté par des personnes aussi éminentes que Coco Chanel, Yves Saint-Laurent,  Giorgio Armani, Kenzo Takada, Mireille Mathieu, Susan Boyle, Francis Lalanne et toute la fine fleur de la distinction depuis la nuit des temps.

L’espadrille appelle le classique. Elle se portera de préférence avec un pantalon en lin, une chemise en soie et un panama. Quand on est fauché, on peut remplacer le pantalon en toile négocié dans un marché, une chemise à carreaux piquée à un ami bûcheron (qui n’a pas d’amis bûcherons ?) et un bob de plage à bords évasés. Le charme discret de la bourgeoisie rêvé par Buñuel enfin devenu réalité.

La tong est la chaussure du peuple. Portée par 100% des spectateurs du Tour de France, elle appelle la simplicité rustique. Le short le plus court possible, le marcel et la casquette Paul Ricard sont des éléments indispensables. Comme le vêtement habille l’homme  autant que l’homme habille le vêtement, des efforts de silhouette sont requis. Un régime pantagruélique est recommandé pour faire rebondir le ventre sous les mailles apparentes du tricot. Si l’alimentation solide ne suffit pas, il faudra arroser le tout de bière et de Ricard. Notons qu’une consommation immodérée de pastis peut valoir droit à une casquette Ricard gratuite, économie significative en période de crise. Remarque : Une pilosité abondante est un plus.

Avantage : la tong

Cas particulier

Toute étude qui se respecte à ses miscellanées. Celles-ci mériteraient une étude à elles seules. Nous ne prétendrons pas à l’exhaustivité en présentant cette peuplade étrange que l’on appelle la Teutonie ou l’Allemagne. Les Allemands sont ce peuple pacifiste qui colonise néanmoins les plages françaises tous les étés. Privés de Käselauchsuppe et de Bienenstich, ils importent une coutume particulière : les chaussettes de sport à deux bandes. Outre-Rhin, tout est prétexte à revêtir ce must de la mode. Mariage, baptême, circoncision, bar mitzvah et, cas qui nous intéresse, plage. L’Allemand portera indifféremment la chaussette de sport à deux bandes avec des tongs et des espadrilles. Outre le mariage douteux des styles, on notera la gageure d’enfiler tongs ET chaussettes. La finition est parfaite quand la chaussette remonte à mi-mollet. Certains extrémistes pratiquent la chaussette intégrale recouvrant tout le mollet mais une loi est à l’étude à l’Assemblée Nationale pour éviter la propagation du phénomène.

Conclusion

Comme l’âne de Buridan, mort de son incapacité à choisir entre le sel et l’avoine, j’ai échoué dans ma mission impossible : tong ou espadrille? Telle est et demeure la question. Mon prochain article, moins casse-gueule, portera donc sur l’unification des méthodes de calcul mathématique sur l’infiniment grand et l’infiniment petit. Attention lecteur, ce texte s’autodétruira dans trente secondes.

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Tong Vs Espadrille : le clash (Round 1)

Par Mabrouck Rachedi le 04/08/2010 0 commentaires

Récemment, des chercheurs ont répondu à la question plurimillénaire de l’antériorité de la poule ou de l’œuf. De la même façon, quand il m’a fallu réfléchir à une problématique majeure du siècle, j’ai posé sur la table le théorème de Fermat, l’unification des méthodes de calcul sur l’infiniment grand et l’infiniment petit, les différentes méthodes de pêche en Laponie au 16ème siècle et une analyse comparée des tongs et des espadrilles.  Me sentant investi d’une responsabilité historique cruciale, j’ai opté pour le thème le plus âpre et le plus controversé : lequel des deux souliers estivaux a l’avantage sur l’autre quand les premiers rayons du soleil dardent au firmament de la voûte céleste ? Telle est la question que l’étude comparative ci-dessous va définitivement sceller, preuves scientifiques à l’appui.

Le nom

Espadrille  vient de  l’occitan espardelha. Tong vient de l’anglais thong (lanière). Tandis que l’espadrille reste de façon inamovible une espadrille partout dans le monde, la tong devient une gougoune au Québec. Une belle versatilité mais au bout du compte, le ridicule le plus accompli.

Avantage : l’espadrille

Histoire

La datation au Carbone 14 révèle l’apparition de l’espadrille le 14 mai 1890, vers 12h13, quand Juan Pablo Marquez s’est écrié Eureka dans sa salle de bains. Même si de vagues espadrilles  apparaissent au Moyen-âge, rien à voir avec la glorieuse histoire de la tong remontant  au 7 juillet 3546 avant jésus Christ, lors de la fameuse canicule décimant 10 000 personnes âgées dans les maisons de retraite égyptienne.  Les recherches de l’éminent scientifique  ouzbek Ivan Palustenko montreraient que la mystérieuse disparition de l’homme de Neandertal serait imputable à son utilisation en dépit du bon sens  d’espadrilles alors qu’homo sapiens avait sagement opté pour la tong. Le cas du Tyrannosaurus Rex avec des espadrilles découvert au Zimbabwe reste, quant à lui, une énigme insondable.

Avantage : La tong

Confort

L’espadrille présente un confort quasi-optimal sur toute la voûte plantaire, sauf au niveau du talon, où l’usure tend à raboter la chausse. Si la marche est à peine entravée, la course devient un poil problématique. On peut alors se trouver court sur un plongeon de beach volley, un rattrapage à bout de doigts d’un frisbee  ou un coup droit de défense au ping-pong. Désagrément non négligeable quand on aime faire saillir ses muscles sur le sable grisâtre de Berck-Plage. Par ailleurs, notons que la toile peut avoir des effets secondaires indésirables lors de fortes chaleurs comme le syndrome dit de je-pue-des-pieds.

La tong a l’avantage incontestable de la légèreté et permet une aération ad hoc de la surface du pied. La réverbération solaire peut néanmoins jouer des tours au niveau de la plante surtout quand l’angle du soleil au sol est de 63,4°, appelé aussi l’arc-boutant. Ce n’est rien comparé au GROS problème relevé par l’Académie Française de Podologie : la lanière. Ce petit bout de rien du tout qui fait de la tong une tong, et non une vulgaire mule, peut frotter le premier métatarsien et le gros orteil. A terme, un risque de contusion, d’ecchymose, de fracture ouverte, d’amputation voire de crise cardiaque phalangienne. Notons que le risque est démultiplié pour celui qui souffre d’hallux valgus.

Avantage : l’espadrille

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Ne m’appelez plus jamais Français

Par Mabrouck Rachedi le 02/08/2010 0 commentaires

Je viens d’apprendre qu’on m’avait arnaqué toute ma vie. Déjà, à l’école on a voulu me faire gober que mes ancêtres étaient gaulois. Plus tard, on m’a parlé d’une France des Lumières où, d’après la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». On m’a vanté le modèle républicain dispensateur de liberté, d’égalité, de fraternité. On a même prétendu que j’étais un Français comme un autre à partir du moment où j’avais la nationalité française.

Mais vendredi, en dénonçant « cinquante ans d’immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à mettre en échec l’intégration », Nicolas Sarkozy  a décidé que « La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un policier, d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique». Dimanche, Brice Hortefeux a renchéri en évoquant l’extension de la déchéance de la nationalité aux cas d’excision, de traite d’êtres humains ou d’actes de délinquance grave. La boîte de Pandore est ouverte. S’en trouvera-t-il bientôt un plus hargneux pour étendre ce dispositif pour tous les crimes, puis pour tous les délits, puis pour toutes les infractions, puis sans aucune autre raison que de distinguer les populations ?

Si une telle législation était votée, il y aurait de fait deux catégories de citoyens hexagonaux : les Français en sursis et les « vrais » Français. Le Français en sursis, d’origine étrangère, auquel la justice accorderait moins de droits et plus de devoirs, ne serait pas soumis à la même règle que le « vrai » Français.

Il serait alors intéressant de savoir à partir de combien de générations un Français serait destituable de sa nationalité. Faudrait-il être né en France ? De sang français depuis une, deux, cinq, cent générations ? Un Français d’origine mi-australienne mi-colombienne serait-il rendu à sa supposée nationalité australienne ou colombienne ?

Heureusement, il existe une Constitution. Que dit l’article premier ? « La France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Heureusement, il existe des traités de loi internationaux. Que stipule l’article 15 de la Déclaration Universelle des droits de l’homme ? « 1. Tout individu a droit à une nationalité. 2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité ». Nicolas Sarkozy, d’origine hongroise, sera-t-il déchu de sa nationalité s’il viole des textes de lois fondamentaux.

Eric Besson avait dit du grand débat sur l’identité nationale qu’il devrait « permettre de valoriser l’apport de l’immigration à l’identité nationale, et de proposer des actions permettant de mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale à chaque étape du parcours d’intégration». Pour redorer le sentiment d’appartenance nationale, il avait alors proposé que « tous les jeunes Français aient une fois dans l’année l’occasion de chanter la Marseillaise ». Demandera-t-on aux Français d’origine étrangère de chanter moins fort que les Français proclamés « de souche » ?

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Sarkozy : un avion vaut plus que 850 000 handicapés

Par Mabrouck Rachedi le 09/07/2010 0 commentaires


Retrouvez ma tribune « Sarkozy : un avion vaut plus que 850 000 handicapés » sur le site de Respect Magazine :

http://www.respectmag.com/2010/07/09/sarkozy-un-avion-vaut-plus-que-850-000-handicapes-3879

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La banlieue, bouc-émissaire de l’équipe de France

Par Mabrouck Rachedi le 22/06/2010 0 commentaires

Alain Finkielkraut est, paraît-il, philosophe. En tant que tel, il s’autorise, quand ça lui chante, à donner son avis sur le sport. Mieux, les médias tendent allègrement les micros au philosophe du sport autoproclamé qui, en 2007, a vitupéré l’équipe de France black-black-black. Aujourd’hui, il a trouvé son nouveau cheval de bataille dans ce qu’il appelle « la génération caillera ». Qui pointe-t-il du doigt ? Comme par hasard, principalement ces « Blacks » qu’il porte décidément dans son coeur. Celui qui affirme ne pas aimer ceux qui n’aiment pas la France souhaite publiquement la défaite de l’équipe de France. Une belle leçon de patriotisme, en effet.

Si Finkielkraut était isolé, on pourrait sourire. Il se trouve certains journalistes – n’est-ce pas M. Le Glou ? N’est-ce pas M. Praud ? – à gloser sur les mœurs dépravées des banlieues, importées par l’équipe de France.  Quand il se trouve quelqu’un, quelque part, à ne serait-ce qu’à élever le ton, le gros mot est lancé : banlieue. Pour commenter la vive altercation pré-électorale entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit, Arlette Chabot, directrice de la rédaction de France 2, n’avait pas trouvé meilleur argument que « c’est la culture banlieue qui entre dans le débat politique ». Il est bien connu que l’insulte a été inventée en banlieue. Avant, tout le monde il était beau, tout le monde il était gentil. La preuve, c’est un banlieusard célèbre qui a lancé « casse-toi pauvre con » à un quidam au salon de l’agriculture mais bizarrement, sur ce coup-là Mme Chabot n’a pas justifié le verbe haut en couleur par l’origine neuilléenne de son auteur

Le cynisme confine au sublime quand Roselyne Bachelot évoque le « désastre moral » de l’affaire Anelka. Outrée dans sa vertu,  la ministre des sports n’a pas eu les mêmes scrupules moraux quand, chaussée de sa casquette de ministre de la santé, elle a nommé son fils, diplômé de l’Institut supérieur des Arts de Paris, à la direction générale de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé. On n’ose imaginer la torture quand elle fréquente en conseil des ministres ses collègues Hortefeux, condamné pour injure raciale, Blanc, amateur invétéré de cigares, Estrosi, cumulard d’appartements de fonction, Woerth, qui aime ce qui le vaut bien… ou même Sarkozy, soupçonné dans l’affaire Karachi. Tous des banlieusards ?

Nous vivons dans un monde paradoxal où la morale, édictée par des personnalités à la moralité douteuse, semble être circonscrite au domaine sportif. Le footballeur devient une victime expiatoire des turpitudes d’un système qui, en dénonçant, veut se placer au-dessus de la dénonciation. Mais au fait, a-t-on entendu Finkielkraut-le-philosophe sur ces questions-là ?

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