La Nouvelle Racaille Française

Tous les articles de: Mabrouck Rachedi

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy : proposition concrète pour une sortie de crise

Par Mabrouck Rachedi le 11/08/2011 0 commentaires

Cher Nicolas,

La crise économique s’est poursuivie pendant que tu faisais du vélo au Cap Nègre. Les images de toi, affichant l’image du bonheur sportif parfait en famille devant l’objectif complaisant des médias français, m’ont donné une idée.

Pourquoi ne te reconvertirais-tu pas au cyclisme professionnel ? Tu considères la flexibilité, la mobilité comme des rouages essentiels du marché de l’emploi, donc du marché tout court, le totem de la pensée économique libérale dont tu es le grand manitou. Tes ministres, fidèles ouailles, sont les premiers à soutenir que l’emploi à vie au sein d’une même entreprise, ça n’existe plus, que la formation continue est une nécessité dans un monde en perpétuelle mutation. Pourquoi ne pas t’appliquer le prêche que tu sermonnes depuis ton élection ?

Ne vois aucune filouterie dans cette proposition, je ne veux que ton bonheur. Que tu as l’air heureux en short et en baskets ! Je me souviens de ce revers puissant majestueusement lâché lors d’un échange de ping-pong improvisé en visite scolaire. Certes ton adversaire était un gamin d’une dizaine d’années, certes ta première accélération avait échoué dans le filet – qui devait sûrement être trop haut – mais qu’elle était belle à voir ta joie de lui avoir montré ta supériorité ! Encore une fois, tu as prouvé que la victoire était en toi.

Image de prévisualisation YouTube

Tes vacances écourtées, la crise n’a pas fléchi d’un iota. Ton énergie politique se fracasse contre le mur de la cruelle réalité : tu ne sers à rien. La formulation est quelque peu abrupte mais admets-le, tes réunions du G8, G20, G150 et demi convoquées en urgence avec tes homologues chefs d’Etat étrangers n’ont eu pour résultats concrets que de belles retrouvailles entre potes pour échanger vos impressions de vacances. Tu veux nous persuader qu’elles ont un objet économique ? A d’autres, personne ne le gobe, même pas le marché qui fait semblant d’y croire à l’ouverture des bourses européennes pour mieux s’écrouler avec celle de Wall Street. Une loi de la physique moderne énonce que tout corps politique plongé dans un milieu capitaliste est soumis à la loi de la relativité des marchés. Inutile de nous leurrer et de te leurrer toi-même, ton énergie serait mieux employée à pédaler sur un Trek Madone 6.9 Pro qu’à pédaler dans la semoule. Et pour une fois, personne ne te reprocherait de te mettre en danseuse.

Tu objecteras peut-être qu’à 56 ans, tes chances de figurer au plus haut niveau sont plutôt minces. Que nenni ! Tu as vu comme tu as mis la pâtée à ton fils Pierre dans les lacets du col du Canadel ? A 26 ans, il est en pleine fleur de l’âge, celle de tes futurs concurrents au Tour de France. Et c’est un Sarkozy, cette lignée qui a montré son engeance supérieure ! Outre un président de la République, on y trouve un artiste génial (ton père, exposé depuis ton accession à la fonction suprême mais c’est un hasard), un producteur de Doc Gynéco, un étudiant en deuxième année de droit qui a failli être président de l’EPAD… Bon sang ne saurait mentir, il ne s’en trouvera pas un pour arriver à ton genou – je pourrais écrire cheville mais il y a comme qui dirait un problème de taille.

Tout au long de ce courrier, je me suis permis de tutoyer. A défaut d’avoir démocratisé la politique, tu as familiarisé la forme de la parole des politiques depuis ton fameux « casse-toi pov’con ». En tant que président de la République, tu es censé en défendre les valeurs cardinales, dont la fraternité, que tu honores à ta façon. Au nom des deux autres, la liberté et l’égalité, je me permets de suivre ton exemple républicain en te le demandant poliment parce que, moi, j’ai été bien élevé : Nicolas, casse-toi s’il te plaît.

[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Twitter] [Yahoo!] [Email]
Dans la catégorie: Uncategorized

La biographie non autorisée de Mabrouck Rachedi

Par Mabrouck Rachedi le 26/07/2011 0 commentaires

Année 1980. Monsieur Martin, professeur de français, enseigne « Les Misérables » en classe de maternelle. Eh oui, le niveau scolaire, c’était mieux avant ! Tandis que l’émotion est palpable, au fond de la salle, un gamin lève le doigt.
- M’sieur Martin, elle a de la chance Cosette. J’aimerais avoir des parents aussi chouettes que les Thénardier. C’est une formidable leçon d’espoir mais je suis sûr que dans la vraie vie, ça n’existe pas.

Tout le monde croit à l’ironie grinçante mais l’élève ne plaisante pas. Ce jeune homme, c’est moi, Mabrouck Rachedi, et je m’en vais vous raconter mon histoire.

Né dans un autre siècle où les voitures s’appelaient des Renault 5, voire des Peugeot 504 pour les candidats au départ pour le bled, je pousse mes premiers cris l’année de la parution en France du tome 3 de L’Archipel du Goulag de Soljenitsyne. Je le lis à 6 mois, puis je prononce aussitôt mes premiers mots : « mais c’est ma vie ! » Déjà, les stigmates d’une lourde existence ont dessiné des cernes sous mes yeux et alourdi le poids de mon âme. Dès 4 ans, je dois arrêter l’école pour subvenir aux besoins de ma famille. D’origine algérienne, je suis surdiplômé selon les critères allogènes établis par Claude Guéant, donc apte à rejoindre les mines du Nord. De 6h du matin à 23h, les horaires sont plutôt souples dans un pays où on n’a pas encore peur de travailler plus pour gagner de quoi payer un croûton de pain à sa nombreuse fratrie.

Le sacerdoce est une seconde nature jusqu’à 14 ans où, survient l’accident de parcours classique chez un jeune de banlieue. Suivant une horloge géographico-biologique décrite dans « comment on devient inéluctablement braqueur à 14 ans en banlieue : prolégomènes, fondements et méthodologie » d’Alain Finkielkraut, je dévalise une succursale de la banque d’Algérie possédant plus d’agents de sécurité que d’argent dans son coffre. Je me fais rattraper alors que je traîne 3 sacs de sport de 25 kilos chacun remplis de dinars pour un butin total estimé à 56 francs. La parité si je mens ! Alors que la veille, je cassais des pierres à la mine, le lendemain, je casse des pierres lors de travaux forcés en prison. Même travail, même salaire, employeur différent : je comprends alors les subtilités du monde capitaliste.

J’enchaîne par les dérapages habituels : je brûle des voitures comme d’autres grillent des barbecues (cf. Ivan Rioufol, « comment on brûle des voitures halal en banlieue »), je bats des femmes au hasard de mes balades (cf. Sihem Habchi « comment on casse la gueule aux femmes qui osent porter des jupes et des débardeurs en banlieue »), j’assassine deux ou trois inconnus comme une envie de pisser (cf. Xavier Raufer, « comment on assassine des inconnus comme on pisse en banlieue »), je commets des attentats pour tuer l’ennui (cf. Eric Zemmour, « comment on commet des attentats en banlieue : la mélancolie cosmopolite »), je deviens islamiste parce que c’est dans ma nature (cf. Caroline Fourest, « comment on devient islamiste en banlieue parce que c’est dans leur nature »).

Bref, je mène ma petite barque jusqu’au jour où, lors d’un énième séjour carcéral, je découvre le livre qui va faire basculer ma vie : « Elle m’appelait Miette » de Loana. Le QI 95 D de notre Einstein des temps modernes me saute aux yeux et je me dis que moi aussi, je peux le faire. Une opération mammaire ? Non, écrire un livre. Comme il n’existe pas – chose étrange – de livre appelé « comment écrire un livre en banlieue » par Robert Ménard, je me lance tête baissée dans cette nouvelle aventure. Arlette Chabot se récrie « c’est la culture de banlieue qui s’invite dans les plateaux ! » Au bout du chemin, la consécration : je crée ma page Facebook et j’ai le vague sentiment d’avoir enfin réussi ma vie. Mon premier livre sera donc « comment on crée sa page Facebook et on réussit sa vie en banlieue ». Un futur best-seller ?

[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Twitter] [Yahoo!] [Email]
Dans la catégorie: Uncategorized

Les échecs présidentiels

Par Mabrouck Rachedi le 22/06/2011 0 commentaires

La campagne présidentielle est une partie d’échecs où les stratégies se préparent plusieurs coups à l’avance et où, avant la grande attaque, les joueurs avancent leurs pions alors que les pièces maîtresses attendent leur tour. L’heure actuelle est aux primaires. Il s’agit, chacun dans son camp, de déterminer qui sont les rois et les reines et, bien malgré eux, les fous et les bouffons. Dans ce jeu de position incertain, si rien ne se gagne, tout peut se perdre, DSK en est l’exemple le plus spectaculaire.

C’est pourquoi la prime est à celui qui s’exposera le moins. Les programmes des grands partis, censés fédérer les leurs, s’attellent à la recherche du plus grand dénominateur commun. Seuls les outsiders sont prompts à montrer les crocs pour tailler dans les mollets des éléphants en espérant, sinon les faire tomber, au moins instaurer un rapport de force pour la grande distribution des maroquins post-électoraux. Nul n’a intérêt non plus à dévoiler son jeu trop tôt puisque le véritable enjeu arrivera ensuite, lors de la confrontation avec l’adversaire du bord politique opposé. Ainsi, tout l’art réside dans le subtil équilibre du striptease : montrer suffisamment pour donner envie mais pas trop vite, sous peine de consumer le désir trop tôt.

Hulot contre Joly, la valse à trois entre Hollande, Aubry et Royal, la tentative d’OPA sur les électeurs de centre de Borloo/ Bayrou/ Morin, le positionnement incertain de Villepin – ira ? Ira pas ? Seul ? Avec qui ? – les combats politiques empruntent au choix, au roman épique ou à l’affiche de boxe. Le risque étant la victoire à la Pyrrhus où une bataille arrachée à tout prix contre les siens porte en elle les germes des divisions, et donc des défaites, du lendemain. Pendant ce temps-là, les rescapés et exemptés de primaires, Sarkozy, Mélenchon et Le Pen comptent les coups et ne s’interdiront pas de reprendre à leur compte les arguments de la campagne en insistant sur les contradictions internes de l’adversaire.

La présidentielle, c’est aussi un film en plusieurs parti(e)s. Nous avons eu les bandes-annonces, nous avons droit au « prequel » et, à partir de l’automne, nous entrerons dans le vif du sujet. Le consensus cèdera alors à la nécessité de cliver ses positions. Chacun s’évertuera à montrer qu’il est le meilleur et, surtout, que les autres sont pires. Les petites phrases seront tout aussi importantes que les grands dossiers. Et l’électeur décidera, en fonction de son vote, s’il est temps de mettre fin à la série ou d’inventer un scénario original pour cinq ans.

[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Twitter] [Yahoo!] [Email]
Dans la catégorie: Uncategorized

Questions métaphysiques et supplices afférents de l’homme assis dans le métro

Par Mabrouck Rachedi le 14/06/2011 0 commentaires

Tu es assis dans le métro qui se remplit station après station. Une jeune femme déboule et elle reste debout. Tu n’oses pas lui proposer ta place de peur qu’elle te prenne au mieux pour un dragueur relou, au pire pour un macho préhistorique. Si c’est une personne entre deux âges, tu te demandes si, en lui proposant ta place, tu ne lui signifieras pas implicitement qu’elle est vieille. Pareil si elle est ronde. Est-ce lui dire qu’elle est grosse ? Et cette femme, ventripotente, est-elle enceinte ? Les questions se bousculent comme dans la tête du héros de « Midnight Express » quand il va franchir frontière turque les poches remplies de drogue : y-a-t-il un critère décisif pour laisser son siège ? Plusieurs ? Un seul applicable à chacun de ses critères ? Une matrice pondérable de critères réductibles à une évaluatiion menant à une conduite socialement souhaitable ? Est-ce que mon voisin se pose la même question que moi, caché derrière son journal, ou est-ce qu’il lit simplement son journal ? Et le voisin de mon voisin ? Et moi, pourquoi je n’ai pas de journal ? Si je propose ma place maintenant alors que je ne l’ai pas proposée au tout début ou il y a deux minutes, est-ce que ce sera interprété comme une attitude suspecte ? Et si la femme refuse la place que je lui cède, est-ce que je passe pour un con ? Le temps défile, tu arrives à ta station. Tu n’as pas bougé de ton siège et tu as agi en goujat.

Moralité : La prochaine fois, tu resteras debout.

[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Twitter] [Yahoo!] [Email]
Dans la catégorie: Uncategorized

L’homme qui tua Oussama Ben Laden

Par Mabrouck Rachedi le 03/05/2011 0 commentaires

La main ruisselante serrée sur la crosse de sa carabine, John Smith, GI de l’unité spéciale des Navy Seals pointe son viseur sur l’ennemi public numéro un, Oussama Ben Laden. Une goutte de sueur perle le long de son front quand il arme le chien, puis il retient son souffle en appuyant sur la gâchette. Sa cornée collée contre le verre, il renifle l’odeur métallique de la mort à portée de son canon, mêlée à celle du sang battant dans ses tempes. Plus de dix ans de traque repose sur la précision du commandant Smith, validée dans la base de Kaneohe Bay à Hawaï, où sa réputation de tireur d’élite gonfle encore de fierté ses formateurs. Une promotion porte même son nom en hommage à ses faits d’arme. Pendant les 37 millièmes de secondes qui séparent la balle en acier trempé K5912-469 fabriquée dans une usine du Wisconsin au visage décharné de Ben Laden, les images défilent dans sa tête.

Deux tours qui s’effondrent, percutées par des avions de ligne détournés. Des milliers de vies incarcérées, autant de rêves envolés le 11 septembre 2001. Le traumatisme d’un pays supposé invincible enterrant les cercueils vides de la guerre sale du terrorisme. Le regard hagard de son président apprenant la nouvelle dans une école maternelle, puis ses discours sur la croisade des forces du bien contre le mal, resucées dérisoires de « La Guerre des Etoiles ». Des maladresses à répétition d’un chef de guerre sans envergure pour qui John a néanmoins voté parce qu’il lui promettait la sécurité. Le bourbier afghan où il patauge depuis trop longtemps, sans gloire ni soutien populaire. Les milliers de fois où il s’est demandé ce qu’il foutait là et la mille et unième fois où il fallait quand même intervenir dans un théâtre des opérations miné par les ennemis, y compris la population meurtries qu’il était censé libérer. Les autres GI’s, ses frères d’arme égarés dans un autre front en Irak, sous des prétextes illégaux légitimés par des preuves fabriquées de toutes pièces. L’évacuation sans cesse repoussée par l’actuel président. Et en ce moment même, ses rangers s’enfoncent dans le désert pakistanais, un pays soi-disant allié qui n’en a que le nom. La preuve, personne n’a jugé utile de prévenir Zardari et ses sbires de cette intervention à l’intérieur de ses propres frontières.

Ben Laden, celui qui se prend pour un vrai musulman en tuant des innocents, en majorité des autres musulmans. Pour se prouver qu’il est deux fois plus pratiquant, il fait peut-être la prière dix fois par jour au lieu de cinq. Il observe le jeûne du Ramadan toute l’année. Il ne mange pas halal mais « halalal » : la viande provient d’un animal égorgé en prononçant le Coran entier. Lors du Hadj, il n’a pas parcouru sept fois le tour du tawaf autour de la Kaaba mais 70 fois. Plus dur que le marathon de New York, surtout quand il s’agit de ne pas marcher sur sa barbe interminable.

John délire. Il réalise que cette image diabolique ne peut pas être vraie, qu’il récite la propagande qu’on lui a fait bouffer pour qu’il exécute le tir parfait sans se poser de questions. Et pourtant, le doute l’assaille. Pourquoi condamner d’office à mort un homme que la justice d’un pays démocratique gagnerait à traduire devant un tribunal ? Qui est véritablement ce fou armé par les Etats-Unis, ancien allié pendant la guerre contre l’ennemi soviétique ? En face de lui, est-ce vraiment ce Ben Laden dont la mort a été claironnée des dizaines de fois ? Sera-ce un fantôme de plus dans ses nuits hantées par les autres victimes indistinctes aux visages éclatés par ses balles anonymes ?

Le pantin dégingandé s’est écroulé au sol. Un cri perce le silence : « Geronimo E KIA ». L’incarnation du mal, à qui on a bizarrement donné le nom de code d’un chef indien, est morte. Des tapes de congratulations claquent sur l’épaule de John. Il ne verra pas le cadavre, caché du regard de tous. Il paraît qu’il sera inhumé en mer, selon les rites musulmans. Mon œil. Sûrement un exemplaire du Coran imprimé par des Mormons dans l’Utah. John sent bien qu’on est en train de créer un martyr. Il n’a rien à dire, rien d’autre à faire que chiquer en espérant que lui non plus n’ira pas en enfer.

[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Twitter] [Yahoo!] [Email]
Dans la catégorie: Uncategorized

Invictus : le poème préféré de Nelson Mandela

Par Mabrouck Rachedi le 01/05/2011 0 commentaires

Invictus signifie invincible. Ce poème a été écrit par William Ernest Henley suite à l’amputation de son pied. Il symbolise la résistance, la résilience face à l’adversité. Il fut l’une des sources d’inspiration de Nelson Mandela, enfermé pendant 27 ans à la prison de Robben Island. Chacune de ses lignes montre ce qu’il y a de meilleur dans l’homme confronté à ce qu’il y a de pire dans l’accomplissement de sa destinée. Invictus continue de me rendre invincible 136 ans après sa création.

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

Le texte original pour les anglophones

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Twitter] [Yahoo!] [Email]
Dans la catégorie: Uncategorized

Quotas dans le foot : FFF ou KKK?

Par Mabrouck Rachedi le 30/04/2011 0 commentaires

Tribune publiée dans Respect Magazine :

Dans la vie comme dans le sport, tout bascule très vite. En 1998, l’équipe de France de football « Black-Blanc-Beur » gagnait la Coupe du Monde et nous faisait croire que la victoire était en nous. Treize ans plus tard, selon le site Mediapart, des critères ethniques de sélection auraient été fixés dans le plus grand secret, au cours d’une réunion de la Direction technique Nationale à laquelle participait le sélectionneur Laurent Blanc lui-même.

Le constat: il y aurait trop de Noirs et d’Arabes et pas assez de Blancs. De quoi donner rétrospectivement crédit à l’équipe tricolore France « Black-Black-Black » vilipendée par le chroniqueur philosophico-sportif Alain Finkielkraut, puis à cette culture de la « génération caillera » des banlieues prétendument à l’origine du fiasco de la dernière Coupe du Monde en Afrique du Sud.

Au-delà des élucubrations de la polyphonie des réacs ordinaires, l’affaire prend une autre dimension quand elle émane de la Fédération Française de Football, sous la tutelle du Ministère des Sports et donc institution d’Etat. Les propos rapportés sont d’une rare violence. Un exemple parmi d’autres : « il n’est pas inhabituel d’entendre dans les couloirs de la DTN des responsables parler des joueurs musulmans comme d’”islamistes”, de “gris” ou de “sarrasins”.» On dépasse le racisme ordinaire, surtout quand ces considérations sémantiques douteuses se doublent d’une décision effective de pratique discriminatoire sous la forme d’un quota chiffré: 30% de Noirs et d’Arabes dans les centres de formation et les écoles de foot. Ainsi, on fixe un plafond de verre officiellement admissible.

Les autorités sportives se récrient. La question n’est pas l’origine mais la bi-nationalité, qui priverait la France de certains éléments formés par les structures nationales. Soit les journalistes de Mediapart ont l’esprit taquin, soit les questions de couleurs de peau et d’origine ont été posées en tant que telles. Jusqu’à preuve du contraire, «Noir» et «Arabe» ne sont pas des nationalités…

Les clubs européens sont chaque année confrontés à ce genre de cas, qu’importe la nationalité ou l’origine. Les centres de formation français reprochent souvent aux grands clubs de faire leur «marché» parmi leurs meilleurs joueurs. Un exemple emblématique est celui d’Arsène Wenger à Arsenal qui, fort de ses réseaux hexagonaux, repère des jeunes talents qu’il recrute pour son club. L’affaire Jérémie Aliadière, débauché à 16 ans de l’INF Clairefontaine, avait défrayé la chronique en 1999 mais est devenue monnaie courante aujourd’hui. Il ne s’agit pas de nationalité, mais de fonctionnement du marché et d’un questionnement sur ses règles. Pour les centres de formation, on se demande donc ce que la bi-nationalité pourrait bien changer.

Le cas est différent pour les équipes nationales. Il y a en effet des joueurs qui ont choisi un autre pays que celui où ils ont été formés. On citera… David Trezeguet, né à Rouen, parti dès son plus jeune âge en Argentine. Toute sa formation a été faite en Argentine mais il ne s’en est pas trouvé beaucoup pour critiquer le choix de défendre le maillot frappé du coq du vainqueur de la Coupe du Monde 1998 et marqueur décisif en finale de la Coupe d’Europe 2000. Plus récemment, on se souvient de la sélection avortée de Gonzalo Higuain, attaquant argentin du Real Madrid né à Brest et formé à River Plate. De même, le futur choix d’Enzo Zidane fait déjà couler beaucoup d’encre, certains appelant son père, un certain Zinedine, à des élans patriotiques plutôt que de laisser son fils choisir l’Espagne, où il est pourtant formé au Real Madrid. Bref, la Fédération Française de Football critique chez les autres ce qu’elle pratique elle-même !

On l’aura compris, la vraie question n’est pas dans la nationalité, mais dans l’origine. Certaines origines, bien circonscrites à l’Afrique, reflet des pratiques discriminatoires ciblées en France. Ou quand la FFF prend la cagoule du KKK, le tristement célèbre groupuscule raciste américain.

[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Twitter] [Yahoo!] [Email]
Dans la catégorie: Uncategorized

Basket : l’équipe de Miami peut-elle gagner le titre NBA ?

Par Mabrouck Rachedi le 07/04/2011 0 commentaires

La saison régulière NBA touche à sa fin, voici venu le temps des premiers enseignements avec un focus sur l’équipe des Miami Heat. Pourquoi Miami ? Parce que c’était l’équipe la plus attendue depuis « The Decision », l’annonce à grand renfort de publicité sur la chaîne ESPN que LeBron James, double MVP des deux dernières saisons régulières, rejoindrait Dwyane Wade et Chris Bosh pour former une Dream Team nouvelle version. Et accessoirement parce que LeBron James est mon joueur préféré, celui pour qui je reste éveillé presque toutes les nuits.

James/ Wade/ Bosh, c’était 80,3 points, 23 rebonds, 17,5 passes cumulés en 2009/2010. Autant dire que nous avions rarement vu un trio potentiellement aussi dominant dans l’histoire de la ligue. Trois joueurs qui, à Cleveland, Miami et Toronto, étaient des leaders incontestés et qui devraient désormais partager le leadership.

La somme des talents individuels fait-elle une équipe ?

Dans un premier temps, la réponse est non. Miami commence sa saison par une défaite à Boston et, se retrouve à la surprise générale avec un bilan à peine positif de 9 victoires et 8 défaites. Autant dire que les détracteurs de l’équipe, ceux qui, comme Michael Jordan et beaucoup d’anciennes gloires, avaient critiqué « The Decision », s’en donnent à cœur joie. La compétence d’Erik Spoelstra, jeune entraîneur de 40 ans, est contestée, y compris au sein de l’équipe où une bousculade (volontaire ?) entre LeBron James et son coach contre Dallas est interprétée comme un signe de défi de la superstar qui se plaint par ailleurs de trop jouer et d’être épuisée en fin de matchs. Les statistiques de trois vedettes sont décevantes (23.7 points à 44.3% pour James, 21.6 points à 44.4% pour Wade après 17 matchs) et le jeu collectif se résume à la recherche systématique du un contre un. Même quand on a deux des joueurs les plus doués dans cet exercice (James et Wade), ça ne marche pas, d’autant que les joueurs de complément autour du noyau dur se contentent de faire figuration, avec, en plus la blessure à la main de Mike Miller, le shooteur qui aurait pu postuler au titre de 4ème élément des « Heatles » et, après 13 matchs, d’Udonis Hasleem, leur meilleur intérieur. La rumeur d’un retour au terrain de Pat Riley, l’actuel président qui avait déjà débarqué le coach Van Gundy pour remporter le titre en 2006, enfle.

Alchimie ou feu de paille ?

Puis il y a cette série, née à partir d’une victoire le 29 novembre contre Washington. Une série de 21 victoires sur 22 matchs qui fait dire à tout le monde que la machine est lancée et que plus rien, désormais, n’arrêtera le Heat. La défense est féroce avec James, Wade et Bosh devenus intraitables dès lors qu’il s’agit d’enchaîner les « stops » en fin de match. Chalmers/ Arroyo et Anthony (meilleur contreur parmi les remplaçants de la ligue) ne sont pas non plus manchots dans cet exercice et peuvent servir de lampes de lancement pour des contre-attaques menées tambour battant par James et Wade, inarrêtables une fois lancés vers le panier. Le jeu d’attaque sur demi-terrain laisse encore à désirer mais se met en place ce qui devient l’une des toutes meilleures défenses. Mike Miller, enfin revenu de sa longue blessure, peut rater tous les shoots qu’il veut (il mettra du temps à rentrer son premier panier !), la machine à gagner s’enclenche, ce qui fait dire à Phil Jackson, le coach des Lakers que Miami est la seule équipe à pouvoir envisager de battre le record de victoires (72) en saison régulière détenu par l’invisible armada qu’il coachait en 1995/1996 avec les Bulls de Chicago du meilleur joueur de tous les temps, Michael Jordan. En attendant, l’équipe enchaîne les victoires par au moins 10 points d’écart et devient la première équipe de la ligue à remporter 10 victoires à l’extérieur au mois de décembre.

Montagnes russes

Patatras, LeBron James se foule la cheville dans le « money time » contre les Los Angeles Clippers le 12 janvier et Miami enchaîne 4 défaites d’affilée. LeBron n’a manqué que 2 matchs mais cela a suffi à enrayer la machine. 1 victoire pour 5 défaites, puis 12 victoires pour une défaite et à nouveau 1 victoire pour 7 défaites. Miami est l’équipe la plus versatile de la NBA, où le bon alterne avec le mauvais de façon surprenante. Après une défaite d’un point le 6 mars contre les Bulls que LeBron James prend pour lui, il se dit que les larmes ont coulé dans le vestiaire. Conséquence : un sursaut d’orgueil avec 11 victoires pour 2 défaites sur les 13 derniers matchs.

Que penser du Heat ?

Miami est une drôle d’équipe. Elle repose sur 3 joueurs – James, Wade et Bosh – qui comptabilisent en moyenne 71 points (69.4% de l’équipe), 22,3 rebonds (52.3%) et 13,4 passes (67,3%) à eux seuls. Aucun autre joueur ne franchit la barre des 10 points. Mike Miller est la grosse déception. Il passe de 13.2 points en carrière à 5,6 points cette année. Il ne s’est pas remis de sa blessure, même si sa production aux rebonds reste intéressante dans les moments cruciaux. Mike Bibby, débauché à l’intersaison, trouve peu à peu ses marques. Il a renoncé à une dernière année de contrat à 6 millions de dollars pour espérer une bague de champion NBA avec Miami, ce qui prouve sa motivation. Il peut devenir l’équivalent de Derek Fisher au Lakers, un meneur d’expérience pas forcément tape-à-l’œil mais fort utile dans les moments chauds, capable de dégainer le panier à 3 points assassin qui fera la différence. Les intérieurs (Anthony, Dampier Magloire) ont le même profil de bons défenseurs mais patauds en attaque. Une exception pour Ilgauskas, venu dans les valises de LeBron James en provenance de Cleveland, même si le poids de l’âge se fait sentir à 35 ans pour le géant lituanien qui ne tourne plus qu’à 4,9 points contre une moyenne de 13,1 points en carrière. Les mains restent les mêmes mais les genoux ont vieilli. Anthony est le pivot le plus utilisé avec seulement 19 minutes en moyenne, autant dire qu’ils sont interchangeables (La dernière tendance : Dampier ou Ilgauskas dans le 5 majeur, Anthony pendant le money time, Magloire relégué en bout de banc).

Los Tres Amigos

On l’aura compris, tout tourne autour du Big Three, James, Wade et Bosh.

Bosh : Le moins connu des « trois amis » est celui qui a le plus sacrifié au collectif. – 5,3 points, -2,5 rebonds par rapport à l’année dernière. Bosh prend en moyenne 2.7 shoots de moins et se plaignait récemment de ne pas voir suffisamment le ballon à l’intérieur. Cet ailier fort atypique, filiforme, dont le jeu tout en finesse et la prédilection pour le finger roll plutôt que le dunk féroce, est clairement la troisième option offensive.

Wade : Wade shoote presqu’autant que l’année dernière (-1,2 shoots) pour une moyenne de points quasi-identique (-0,9 point). Il est plus efficace 50% de réussite contre 47,6%. Wade prend plus de rebonds mais fait moins de passes. Il semble être voué à être le clutch player, même si la responsabilité des derniers shoots est partagée avec LeBron James. Il était le leader de l’équipe championne en 2006, c’est lui qui a réuni autour de lui les deux autres stars. Miami, c’est son équipe.

James : 26,6 points, 7,5 rebonds, 7 passes. Le King a cette année encore les statistiques les plus complètes de la NBA. Même s’il score moins que l’année dernière, il est devenu beaucoup plus rentable avec 51% de réussite sur la saison et un hallucinant 60% sur les 10 derniers matchs. Après des débuts chaotiques, « L’élu », ainsi surnommé pour ses fantastiques prédispositions (prenez un joueur au physique d’ailier-fort capable de jouer meneur, arrière, allier et allier fort, agrémentez d’une détente de feu et vous obtenez « The Chosen One ») joue à un niveau peut-être jamais égalé dans sa carrière. Il profite des brèches ouvertes par Wade (qui profite lui aussi des brèches ouvertes par James) pour avoir des positions de shoots plus confortables. Pour la 7ème année consécutive, il a dépassé les 2000 points en saison. Il ne gagnera probablement pas le titre de MVP promis à Derrick Rose mais un chiffre résume l’influence de James sur une équipe : Cleveland, meilleur équipe de la saison régulière l’année dernière avec James, est aujourd’hui celle qui présente le pire bilan.

Le jeu collectif

A la recherche du un contre un systématique du début de saison a succédé des systèmes de plus en plus nombreux et élaborés. Il est assez amusant de voir LeBron James faire des écrans pour Dwyane Wade pour des pick and roll qui restent à peaufiner (ce n’est pas du Stockton/ Malone de la grande époque des Jazz !) Il y a des mouvements à l’opposé, des fixations à l’intérieur, la recherche du joueur qui coupe de la peinture vers le panier (ce qui occasionne un certain nombre de pertes de balle), des rosters qui changent au gré des systèmes (peut-être au détriment de certains automatismes), la possibilité d’évoluer avec deux tours à l’intérieur ou de jouer le small ball avec Bosh qui tient la baraque à l’intérieur et James, Wade et Miller en soutien pour grappiller quelques rebonds… Miami joue enfin en équipe, sachant qu’au money-time, l’isolation de Wade ou de James reste privilégiée.

Prospective

Miami peut-il gagner le titre ? 3ème de la conférence Est, 5ème de la NBA, l’équipe présente un des meilleurs bilans de la NBA. Mais elle montre des signes de faiblesse inquiétants. 6 victoires pour 13 défaites quand les matchs se jouent par un écart de 5 points ou moins, 19 victoires- 19 défaites contre les équipes à plus de 50 % de victoires, aucune victoire pour 3 défaites contre Chicago et Boston, les deux top teams de l’Est et un bilan tout aussi mitigé contre les meilleurs équipes de la NBA. Miami est fort contre les faibles, faibles contre les forts. Dans les moments chauds, les joueurs perdent leurs moyens, comme si l’abondance de biens leur nuisait (la balle à James, à Wade ou à Bosh ?) Le problème, c’est que les playoffs arrivent et qu’à ce stade où les 8 meilleures équipes de chaque conférence s’affrontent, il n’y a presque plus de petites équipes (sachant que la conférence Est reste plus faible que la conférence Ouest).

Alors ?

Le début de la dynastie promise au Heat en début d’année semble moins évidente aujourd’hui. Une équipe se construit avec le temps, même si le Boston de Garnett/ Pierce/ Allen a gagné le titre dès leur première saison ensemble. Une chose est sure : bien que les grandes manœuvres se préparent ailleurs (Chris Paul avec Carmelo Anthony et Stoudemire à New York ? Un mouvement à prévoir du côté des vieillissants Lakers ?), Miami sera probablement l’équipe à battre… l’année prochaine.

Note : Les statistiques ont été arrêtées avant la défaite de Miami (privé de Wade) contre Milwaukee la nuit dernière.

[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Twitter] [Yahoo!] [Email]
Dans la catégorie: Uncategorized

Mon atelier d’écriture dans un collège ZEP (2)

Par Mabrouck Rachedi le 13/02/2011 0 commentaires

Les habitudes se prennent vite. Pour mon deuxième atelier, je me sens comme à la maison au collège les Jacobins de Troyes, où le froid glacial a laissé place à une douceur quasi-printanière. J’ai plaisir à revoir ces figures familières qui m’accueillent comme l’un des leurs, même si le gamin un peu rebelle qui sommeille au fond de moi, s’étonne de tutoyer les professeurs.

Les profs des Jacobins sont des passionnés. Ils aiment « leurs gamins ». Parfois ils échangent sur tel élève qui les a marqués. En bien ou en mal, c’est toujours avec un accent de nostalgie dans la voix. On se souvient de feue la mode du string dépassant du pantalon. Maintenant, ce sont les garçons qui baissent le pantalon en dévoilant la moitié de leur caleçon.

Ce week-end, j’ai perdu ma voix dans un rencontre dans un collège de Nanterre, puis au Maghreb des Livres. Mais qu’à cela ne tienne, malgré mon maigre filet, on entre dans le vif du sujet avec ce nouvel atelier. Les élèves ont planché sur une liste de vingt mots. Certains ont eu plus de mal que d’autres. La mère d’un collégien a envoyé une lettre. Son fils n’utilisant jamais de mots grossiers, il sera excusé de n’avoir pu collecter l’intégralité du florilège demandé.

Les premières réactions sont paradoxales. Les élèves sont gênés aux entournures. Quand je demande aux collégiens de lire leurs feuilles remplies de grossièretés, ils regimbent. « Non monsieur, je peux pas, pas devant la prof et vous ! » La classe reste un sanctuaire de l’académisme. Le respect de l’institution scolaire demeure.

Après un temps de latence, les expressions fusent : boloss, bouffon, ta race, ta mère, ton père, tarlouze, travesti, pédé, pédophile, sgare, boug, triso, marochien, renoi, rebeuh, mange tes moulos, tchoin, sale geek… En tout, nous isolons une trentaine de mots ou d’expressions avec une participation très active. Moi-même, qui habite pourtant une cité, j’en apprends. Les modes changent. Il n’y a plus que les baltringues qui disent « wesh bâtard ». Maintenant c’est « wesh igo ». L’écart générationnel commence à sérieusement se ressentir. Une élève propose Beatles parce qu’elle aime ce groupe. Ouf, je me sens moins vieux.

Nous sommes dans une ville moyenne de l’Aube mais le vocabulaire est mondialisé. Boug vient des Antilles. Mange des moulos est une expression gitane, une tchoin est une fille de mauvaise vie dans l’argot gabonais… On me propose aussi « Aie sisi rhey ». Je cherche toujours ce que ça signifie. Un petit rigolo propose « progéniture de péripatéticienne ». On s’en tiendra à fils de pute.

Un regard panoramique sur la classe jette une pierre dans le jardin des partisans de l’ethnicisation des problèmes sociaux. A Troyes, « les minorités visibles » sont moins nombreuses qu’en Région Parisienne et pourtant les mêmes difficultés sociales et le même langage parcourent les cours de récré.

Le temps passe très vite, aussi bien avec la première et la seconde classe. Pour la prochaine séance, les élèves devront définir tous les mots comme dans un dictionnaire. « Ca change de ce qu’on fait d’habitude » me dit un élève. « En bien ou en mal ? » «C’est mieux ! » Je lui dis alors qu’avant de dépasser le vocabulaire, il faut le maîtriser. Si Zinedine Zidane pouvait inventer des roulettes géniales sur un terrain de foot, c’est parce qu’il maîtrisait ses fondamentaux. « Zidane, c’est un vieux, non ? » Je réalise que les jeunes ados étaient à peine nés lors de la Coupe du Monde 1998 et je reprends l’exemple avec les crochets de Lionel Messi et les passements de jambe de Cristiano Ronaldo.

Les fondamentaux, ce sont les professeurs qui les enseignent. J’ai conscience d’avoir le beau rôle de l’écrivain qui intervient ponctuellement quand les professeurs, eux, sont présents quotidiennement. Ils affrontent la difficulté scolaire avec de moins en moins de moyens. Pour conserver le droit d’enseigner dans des conditions décentes, ils préparent une grève le jeudi à venir.

Les deux classes sont finies et déjà, je repars. « Vous retournez à Paris tous les jours ? » me demande un élève. La Capitale, à 1h30 de trajet, leur paraît si lointaine… Le train de 15h50 est en retard d’une demi-heure heure mais je ne me plains pas. Je me sens décidément de mieux en mieux à Troyes.

[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Twitter] [Yahoo!] [Email]
Dans la catégorie: Uncategorized

Mon atelier d’écriture dans un collège ZEP (1)

Par Mabrouck Rachedi le 08/02/2011 0 commentaires

11h12. Le vent de l’hiver cingle sur le quai de la gare de Troyes. Des grappes de voyageurs s’éparpillent dont moi, à l’affût d’une pancarte à mon nom. Il y a quelques mois, une enseignante m’avait contacté pour animer une série de cinq ateliers d’écriture au collège. Les Jacobins. Le thème : les incivilités dans cet établissement ZEP où elles sont monnaie courante.

Une responsable du collège me prévient que je suis très attendu. Les élèves n’ont, pour la plupart, jamais vu d’écrivains. Pour eux, ce sont des visages morts en couverture de romans. Je suis vivant, relativement jeune et je m’appelle Mabrouck Rachedi, fils d’Algériens. Je ne corresponds pas à l’image d’Epinal. De Victor Hugo, je n’ai que la barbe. Et comme lui, je suis persuadé qu’ « après la philosophie, il faut l’action ».

L’action, c’est la farouche envie de transmettre. A Boussy, à Champigny, à Vigneux, à Evry, à Laval, à Bezons, à Chambéry, à Perpignan, à Tourcoing, à Mouscron, à Hong Kong, à New York, etc. En banlieue parisienne ou en province, dans des quartiers populaires ou des quartiers plus chics, dans des prisons ou dans des centres pour travailleurs pour handicapés, au Sénat ou à Sciences Po, en France ou à l’étranger, j’ai essayé de porter la culture comme vecteur d’épanouissement et de socialisation.

Mon premier atelier d’écriture commence à 14h30. Il est 11h30 quand je pose le premier pas dans cette ancienne école communale dont on distingue les deux extensions ajoutées pour recueillir les 400 collégiens. J’attends dans le CDI, observatoire idéal des mœurs d’une classe de 3ème en plein préparation d’un exposé sur la Deuxième Guerre Mondiale.

Ca chahute, ça s’insulte mais pas plus quand mon collège d’enfance où les gaz lacrymogènes et les boules puantes s’invitaient plus souvent qu’à leur tour dans les salles. Chaque fois que je m’approche d’un groupe, les « ta mère » et les « ta race » se chuchotent et se taisent. Un élève s’amuse à reprendre ses camarades en parodiant un langage châtié à l’extrême. Il paraît que c’est une terreur. Moi, il me fait rire.

A la cantine, les problèmes de l’Education Nationale ressurgissent entre fromage et dessert. On parle des primo-arrivants du collège voisin de Beurnonville, dont certains n’ont jamais touché un stylo et qui sont intégré selon leur classe d’âge et non leur niveau scolaire. Ainsi, des élèves illettrés de 12 ans intègrent une 6ème en dépit du bon sens. Mais au moins, ils sont encadrés par du personnel formé. A la rentrée, ils seront dispatchés dans tous les collèges de la ville, sans l’encadrement adéquat. « On n’est pas formé pour » dit une enseignante résignés. « Et l’année prochaine, un autre poste de prof va être supprimé, comme l’année dernière » ajoute un professeur qui enseigne la bagatelle de quatre matières.

14h30, l’atelier commence. Je me présente face à la classe de 4ème 1. Je décris mon parcours personnels et parle de mes quatre livres, « Le Poids d’une âme », « Eloge du miséreux », « Le Petit Malik » et « La Petite Malika » avec Habiba Mahany. A peine ai-je fini et les premiers bras se lèvent. Comment écrit-on un livre ? En combien de temps ? Est-ce que je gagne bien ma vie ? Etais-je bon élève quand j’avais leur âge ? Est-ce que les écrivains sont tous fous ? Les questions fusent dans tous les sens, preuve de la fascination des jeunes pour l’écriture, malgré tout ce que disent les pessimistes. Ils s’étonnent : j’ai été sélectionné dans des prestigieux programmes d’écriture aux Etats-Unis, à New York et en Chine, j’ai été traduit en italien, en arabe et en japonais, j’ai été sélectionné aux deux seuls festivals du premier roman en France à Laval et à Chambéry….

Je n’ai pas le loisir d’entrer dans le vif du sujet que la sonnerie retentit déjà. L’heure est passée trop vite. Je vais d’une classe à l’autre en entendant maugréer dans le couloir « c’est pas juste, pourquoi eux ils ont droit à un écrivain et pas nous ? ». Sourire.

La seconde classe est totalement différente. La 4ème 4 m’avait été présentée comme calme et, en effet, les questions se font plus rares. Nous abordons de but en blanc les incivilités. Je reprends deux élèves en train de pouffer sans raison. Un comportement incivil par excellence. La notion est floue. Nous essayons de la cerner par l’exemple. « C’est quand quelqu’un rigole sur moi » lance une élève, « c’est quand on parle sur moi » enchérit un autre. Rigoler sur ? Parler sur ? N’y a-t-il pas d’autres façons plus correctes de formuler cela ? Un grand blanc puis on tâtonne et on finit par s’entendre pour « se moquer » et « critiquer ».

On travaille sur des expressions courantes des jeunes quand l’un s’exclame que son voisin est un mytho. Qu’est-ce qu’un mythomane ? Les mots sont hésitants. Les expressions sont entrées dans le langage courant, on a perdu leur sens premier. Pareil pour triso (pour trisomique), autiste, bâtard, renoi… Le brainstorming bat son plein quand nous sommes à nouveau rattraper par la sonnerie. Les élèves qui riaient sous cape en début de classe viennent au bureau pour présenter leurs excuses. « On ne rigolait pas sur vous… euh on ne se moquait pas de vous monsieur ». Je sens qu’on va arriver à faire de grandes choses. Vivement la semaine prochaine pour le nouvel atelier.

[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Twitter] [Yahoo!] [Email]
Dans la catégorie: Uncategorized