La biographie non autorisée de Mabrouck Rachedi

Par Mabrouck Rachedi le 26/07/2011 0 commentaires

Année 1980. Monsieur Martin, professeur de français, enseigne « Les Misérables » en classe de maternelle. Eh oui, le niveau scolaire, c’était mieux avant ! Tandis que l’émotion est palpable, au fond de la salle, un gamin lève le doigt.
- M’sieur Martin, elle a de la chance Cosette. J’aimerais avoir des parents aussi chouettes que les Thénardier. C’est une formidable leçon d’espoir mais je suis sûr que dans la vraie vie, ça n’existe pas.

Tout le monde croit à l’ironie grinçante mais l’élève ne plaisante pas. Ce jeune homme, c’est moi, Mabrouck Rachedi, et je m’en vais vous raconter mon histoire.

Né dans un autre siècle où les voitures s’appelaient des Renault 5, voire des Peugeot 504 pour les candidats au départ pour le bled, je pousse mes premiers cris l’année de la parution en France du tome 3 de L’Archipel du Goulag de Soljenitsyne. Je le lis à 6 mois, puis je prononce aussitôt mes premiers mots : « mais c’est ma vie ! » Déjà, les stigmates d’une lourde existence ont dessiné des cernes sous mes yeux et alourdi le poids de mon âme. Dès 4 ans, je dois arrêter l’école pour subvenir aux besoins de ma famille. D’origine algérienne, je suis surdiplômé selon les critères allogènes établis par Claude Guéant, donc apte à rejoindre les mines du Nord. De 6h du matin à 23h, les horaires sont plutôt souples dans un pays où on n’a pas encore peur de travailler plus pour gagner de quoi payer un croûton de pain à sa nombreuse fratrie.

Le sacerdoce est une seconde nature jusqu’à 14 ans où, survient l’accident de parcours classique chez un jeune de banlieue. Suivant une horloge géographico-biologique décrite dans « comment on devient inéluctablement braqueur à 14 ans en banlieue : prolégomènes, fondements et méthodologie » d’Alain Finkielkraut, je dévalise une succursale de la banque d’Algérie possédant plus d’agents de sécurité que d’argent dans son coffre. Je me fais rattraper alors que je traîne 3 sacs de sport de 25 kilos chacun remplis de dinars pour un butin total estimé à 56 francs. La parité si je mens ! Alors que la veille, je cassais des pierres à la mine, le lendemain, je casse des pierres lors de travaux forcés en prison. Même travail, même salaire, employeur différent : je comprends alors les subtilités du monde capitaliste.

J’enchaîne par les dérapages habituels : je brûle des voitures comme d’autres grillent des barbecues (cf. Ivan Rioufol, « comment on brûle des voitures halal en banlieue »), je bats des femmes au hasard de mes balades (cf. Sihem Habchi « comment on casse la gueule aux femmes qui osent porter des jupes et des débardeurs en banlieue »), j’assassine deux ou trois inconnus comme une envie de pisser (cf. Xavier Raufer, « comment on assassine des inconnus comme on pisse en banlieue »), je commets des attentats pour tuer l’ennui (cf. Eric Zemmour, « comment on commet des attentats en banlieue : la mélancolie cosmopolite »), je deviens islamiste parce que c’est dans ma nature (cf. Caroline Fourest, « comment on devient islamiste en banlieue parce que c’est dans leur nature »).

Bref, je mène ma petite barque jusqu’au jour où, lors d’un énième séjour carcéral, je découvre le livre qui va faire basculer ma vie : « Elle m’appelait Miette » de Loana. Le QI 95 D de notre Einstein des temps modernes me saute aux yeux et je me dis que moi aussi, je peux le faire. Une opération mammaire ? Non, écrire un livre. Comme il n’existe pas – chose étrange – de livre appelé « comment écrire un livre en banlieue » par Robert Ménard, je me lance tête baissée dans cette nouvelle aventure. Arlette Chabot se récrie « c’est la culture de banlieue qui s’invite dans les plateaux ! » Au bout du chemin, la consécration : je crée ma page Facebook et j’ai le vague sentiment d’avoir enfin réussi ma vie. Mon premier livre sera donc « comment on crée sa page Facebook et on réussit sa vie en banlieue ». Un futur best-seller ?

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