Les échecs présidentiels

Par Mabrouck Rachedi le 22/06/2011 0 commentaires

La campagne présidentielle est une partie d’échecs où les stratégies se préparent plusieurs coups à l’avance et où, avant la grande attaque, les joueurs avancent leurs pions alors que les pièces maîtresses attendent leur tour. L’heure actuelle est aux primaires. Il s’agit, chacun dans son camp, de déterminer qui sont les rois et les reines et, bien malgré eux, les fous et les bouffons. Dans ce jeu de position incertain, si rien ne se gagne, tout peut se perdre, DSK en est l’exemple le plus spectaculaire.

C’est pourquoi la prime est à celui qui s’exposera le moins. Les programmes des grands partis, censés fédérer les leurs, s’attellent à la recherche du plus grand dénominateur commun. Seuls les outsiders sont prompts à montrer les crocs pour tailler dans les mollets des éléphants en espérant, sinon les faire tomber, au moins instaurer un rapport de force pour la grande distribution des maroquins post-électoraux. Nul n’a intérêt non plus à dévoiler son jeu trop tôt puisque le véritable enjeu arrivera ensuite, lors de la confrontation avec l’adversaire du bord politique opposé. Ainsi, tout l’art réside dans le subtil équilibre du striptease : montrer suffisamment pour donner envie mais pas trop vite, sous peine de consumer le désir trop tôt.

Hulot contre Joly, la valse à trois entre Hollande, Aubry et Royal, la tentative d’OPA sur les électeurs de centre de Borloo/ Bayrou/ Morin, le positionnement incertain de Villepin – ira ? Ira pas ? Seul ? Avec qui ? – les combats politiques empruntent au choix, au roman épique ou à l’affiche de boxe. Le risque étant la victoire à la Pyrrhus où une bataille arrachée à tout prix contre les siens porte en elle les germes des divisions, et donc des défaites, du lendemain. Pendant ce temps-là, les rescapés et exemptés de primaires, Sarkozy, Mélenchon et Le Pen comptent les coups et ne s’interdiront pas de reprendre à leur compte les arguments de la campagne en insistant sur les contradictions internes de l’adversaire.

La présidentielle, c’est aussi un film en plusieurs parti(e)s. Nous avons eu les bandes-annonces, nous avons droit au « prequel » et, à partir de l’automne, nous entrerons dans le vif du sujet. Le consensus cèdera alors à la nécessité de cliver ses positions. Chacun s’évertuera à montrer qu’il est le meilleur et, surtout, que les autres sont pires. Les petites phrases seront tout aussi importantes que les grands dossiers. Et l’électeur décidera, en fonction de son vote, s’il est temps de mettre fin à la série ou d’inventer un scénario original pour cinq ans.

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