Questions métaphysiques et supplices afférents de l’homme assis dans le métro

Par Mabrouck Rachedi le 14/06/2011 0 commentaires

Tu es assis dans le métro qui se remplit station après station. Une jeune femme déboule et elle reste debout. Tu n’oses pas lui proposer ta place de peur qu’elle te prenne au mieux pour un dragueur relou, au pire pour un macho préhistorique. Si c’est une personne entre deux âges, tu te demandes si, en lui proposant ta place, tu ne lui signifieras pas implicitement qu’elle est vieille. Pareil si elle est ronde. Est-ce lui dire qu’elle est grosse ? Et cette femme, ventripotente, est-elle enceinte ? Les questions se bousculent comme dans la tête du héros de « Midnight Express » quand il va franchir frontière turque les poches remplies de drogue : y-a-t-il un critère décisif pour laisser son siège ? Plusieurs ? Un seul applicable à chacun de ses critères ? Une matrice pondérable de critères réductibles à une évaluatiion menant à une conduite socialement souhaitable ? Est-ce que mon voisin se pose la même question que moi, caché derrière son journal, ou est-ce qu’il lit simplement son journal ? Et le voisin de mon voisin ? Et moi, pourquoi je n’ai pas de journal ? Si je propose ma place maintenant alors que je ne l’ai pas proposée au tout début ou il y a deux minutes, est-ce que ce sera interprété comme une attitude suspecte ? Et si la femme refuse la place que je lui cède, est-ce que je passe pour un con ? Le temps défile, tu arrives à ta station. Tu n’as pas bougé de ton siège et tu as agi en goujat.

Moralité : La prochaine fois, tu resteras debout.

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