La saison régulière NBA touche à sa fin, voici venu le temps des premiers enseignements avec un focus sur l’équipe des Miami Heat. Pourquoi Miami ? Parce que c’était l’équipe la plus attendue depuis « The Decision », l’annonce à grand renfort de publicité sur la chaîne ESPN que LeBron James, double MVP des deux dernières saisons régulières, rejoindrait Dwyane Wade et Chris Bosh pour former une Dream Team nouvelle version. Et accessoirement parce que LeBron James est mon joueur préféré, celui pour qui je reste éveillé presque toutes les nuits.
James/ Wade/ Bosh, c’était 80,3 points, 23 rebonds, 17,5 passes cumulés en 2009/2010. Autant dire que nous avions rarement vu un trio potentiellement aussi dominant dans l’histoire de la ligue. Trois joueurs qui, à Cleveland, Miami et Toronto, étaient des leaders incontestés et qui devraient désormais partager le leadership.
La somme des talents individuels fait-elle une équipe ?
Dans un premier temps, la réponse est non. Miami commence sa saison par une défaite à Boston et, se retrouve à la surprise générale avec un bilan à peine positif de 9 victoires et 8 défaites. Autant dire que les détracteurs de l’équipe, ceux qui, comme Michael Jordan et beaucoup d’anciennes gloires, avaient critiqué « The Decision », s’en donnent à cœur joie. La compétence d’Erik Spoelstra, jeune entraîneur de 40 ans, est contestée, y compris au sein de l’équipe où une bousculade (volontaire ?) entre LeBron James et son coach contre Dallas est interprétée comme un signe de défi de la superstar qui se plaint par ailleurs de trop jouer et d’être épuisée en fin de matchs. Les statistiques de trois vedettes sont décevantes (23.7 points à 44.3% pour James, 21.6 points à 44.4% pour Wade après 17 matchs) et le jeu collectif se résume à la recherche systématique du un contre un. Même quand on a deux des joueurs les plus doués dans cet exercice (James et Wade), ça ne marche pas, d’autant que les joueurs de complément autour du noyau dur se contentent de faire figuration, avec, en plus la blessure à la main de Mike Miller, le shooteur qui aurait pu postuler au titre de 4ème élément des « Heatles » et, après 13 matchs, d’Udonis Hasleem, leur meilleur intérieur. La rumeur d’un retour au terrain de Pat Riley, l’actuel président qui avait déjà débarqué le coach Van Gundy pour remporter le titre en 2006, enfle.
Alchimie ou feu de paille ?
Puis il y a cette série, née à partir d’une victoire le 29 novembre contre Washington. Une série de 21 victoires sur 22 matchs qui fait dire à tout le monde que la machine est lancée et que plus rien, désormais, n’arrêtera le Heat. La défense est féroce avec James, Wade et Bosh devenus intraitables dès lors qu’il s’agit d’enchaîner les « stops » en fin de match. Chalmers/ Arroyo et Anthony (meilleur contreur parmi les remplaçants de la ligue) ne sont pas non plus manchots dans cet exercice et peuvent servir de lampes de lancement pour des contre-attaques menées tambour battant par James et Wade, inarrêtables une fois lancés vers le panier. Le jeu d’attaque sur demi-terrain laisse encore à désirer mais se met en place ce qui devient l’une des toutes meilleures défenses. Mike Miller, enfin revenu de sa longue blessure, peut rater tous les shoots qu’il veut (il mettra du temps à rentrer son premier panier !), la machine à gagner s’enclenche, ce qui fait dire à Phil Jackson, le coach des Lakers que Miami est la seule équipe à pouvoir envisager de battre le record de victoires (72) en saison régulière détenu par l’invisible armada qu’il coachait en 1995/1996 avec les Bulls de Chicago du meilleur joueur de tous les temps, Michael Jordan. En attendant, l’équipe enchaîne les victoires par au moins 10 points d’écart et devient la première équipe de la ligue à remporter 10 victoires à l’extérieur au mois de décembre.
Montagnes russes
Patatras, LeBron James se foule la cheville dans le « money time » contre les Los Angeles Clippers le 12 janvier et Miami enchaîne 4 défaites d’affilée. LeBron n’a manqué que 2 matchs mais cela a suffi à enrayer la machine. 1 victoire pour 5 défaites, puis 12 victoires pour une défaite et à nouveau 1 victoire pour 7 défaites. Miami est l’équipe la plus versatile de la NBA, où le bon alterne avec le mauvais de façon surprenante. Après une défaite d’un point le 6 mars contre les Bulls que LeBron James prend pour lui, il se dit que les larmes ont coulé dans le vestiaire. Conséquence : un sursaut d’orgueil avec 11 victoires pour 2 défaites sur les 13 derniers matchs.
Que penser du Heat ?
Miami est une drôle d’équipe. Elle repose sur 3 joueurs – James, Wade et Bosh – qui comptabilisent en moyenne 71 points (69.4% de l’équipe), 22,3 rebonds (52.3%) et 13,4 passes (67,3%) à eux seuls. Aucun autre joueur ne franchit la barre des 10 points. Mike Miller est la grosse déception. Il passe de 13.2 points en carrière à 5,6 points cette année. Il ne s’est pas remis de sa blessure, même si sa production aux rebonds reste intéressante dans les moments cruciaux. Mike Bibby, débauché à l’intersaison, trouve peu à peu ses marques. Il a renoncé à une dernière année de contrat à 6 millions de dollars pour espérer une bague de champion NBA avec Miami, ce qui prouve sa motivation. Il peut devenir l’équivalent de Derek Fisher au Lakers, un meneur d’expérience pas forcément tape-à-l’œil mais fort utile dans les moments chauds, capable de dégainer le panier à 3 points assassin qui fera la différence. Les intérieurs (Anthony, Dampier Magloire) ont le même profil de bons défenseurs mais patauds en attaque. Une exception pour Ilgauskas, venu dans les valises de LeBron James en provenance de Cleveland, même si le poids de l’âge se fait sentir à 35 ans pour le géant lituanien qui ne tourne plus qu’à 4,9 points contre une moyenne de 13,1 points en carrière. Les mains restent les mêmes mais les genoux ont vieilli. Anthony est le pivot le plus utilisé avec seulement 19 minutes en moyenne, autant dire qu’ils sont interchangeables (La dernière tendance : Dampier ou Ilgauskas dans le 5 majeur, Anthony pendant le money time, Magloire relégué en bout de banc).
Los Tres Amigos
On l’aura compris, tout tourne autour du Big Three, James, Wade et Bosh.
Bosh : Le moins connu des « trois amis » est celui qui a le plus sacrifié au collectif. – 5,3 points, -2,5 rebonds par rapport à l’année dernière. Bosh prend en moyenne 2.7 shoots de moins et se plaignait récemment de ne pas voir suffisamment le ballon à l’intérieur. Cet ailier fort atypique, filiforme, dont le jeu tout en finesse et la prédilection pour le finger roll plutôt que le dunk féroce, est clairement la troisième option offensive.
Wade : Wade shoote presqu’autant que l’année dernière (-1,2 shoots) pour une moyenne de points quasi-identique (-0,9 point). Il est plus efficace 50% de réussite contre 47,6%. Wade prend plus de rebonds mais fait moins de passes. Il semble être voué à être le clutch player, même si la responsabilité des derniers shoots est partagée avec LeBron James. Il était le leader de l’équipe championne en 2006, c’est lui qui a réuni autour de lui les deux autres stars. Miami, c’est son équipe.
James : 26,6 points, 7,5 rebonds, 7 passes. Le King a cette année encore les statistiques les plus complètes de la NBA. Même s’il score moins que l’année dernière, il est devenu beaucoup plus rentable avec 51% de réussite sur la saison et un hallucinant 60% sur les 10 derniers matchs. Après des débuts chaotiques, « L’élu », ainsi surnommé pour ses fantastiques prédispositions (prenez un joueur au physique d’ailier-fort capable de jouer meneur, arrière, allier et allier fort, agrémentez d’une détente de feu et vous obtenez « The Chosen One ») joue à un niveau peut-être jamais égalé dans sa carrière. Il profite des brèches ouvertes par Wade (qui profite lui aussi des brèches ouvertes par James) pour avoir des positions de shoots plus confortables. Pour la 7ème année consécutive, il a dépassé les 2000 points en saison. Il ne gagnera probablement pas le titre de MVP promis à Derrick Rose mais un chiffre résume l’influence de James sur une équipe : Cleveland, meilleur équipe de la saison régulière l’année dernière avec James, est aujourd’hui celle qui présente le pire bilan.
Le jeu collectif
A la recherche du un contre un systématique du début de saison a succédé des systèmes de plus en plus nombreux et élaborés. Il est assez amusant de voir LeBron James faire des écrans pour Dwyane Wade pour des pick and roll qui restent à peaufiner (ce n’est pas du Stockton/ Malone de la grande époque des Jazz !) Il y a des mouvements à l’opposé, des fixations à l’intérieur, la recherche du joueur qui coupe de la peinture vers le panier (ce qui occasionne un certain nombre de pertes de balle), des rosters qui changent au gré des systèmes (peut-être au détriment de certains automatismes), la possibilité d’évoluer avec deux tours à l’intérieur ou de jouer le small ball avec Bosh qui tient la baraque à l’intérieur et James, Wade et Miller en soutien pour grappiller quelques rebonds… Miami joue enfin en équipe, sachant qu’au money-time, l’isolation de Wade ou de James reste privilégiée.
Prospective
Miami peut-il gagner le titre ? 3ème de la conférence Est, 5ème de la NBA, l’équipe présente un des meilleurs bilans de la NBA. Mais elle montre des signes de faiblesse inquiétants. 6 victoires pour 13 défaites quand les matchs se jouent par un écart de 5 points ou moins, 19 victoires- 19 défaites contre les équipes à plus de 50 % de victoires, aucune victoire pour 3 défaites contre Chicago et Boston, les deux top teams de l’Est et un bilan tout aussi mitigé contre les meilleurs équipes de la NBA. Miami est fort contre les faibles, faibles contre les forts. Dans les moments chauds, les joueurs perdent leurs moyens, comme si l’abondance de biens leur nuisait (la balle à James, à Wade ou à Bosh ?) Le problème, c’est que les playoffs arrivent et qu’à ce stade où les 8 meilleures équipes de chaque conférence s’affrontent, il n’y a presque plus de petites équipes (sachant que la conférence Est reste plus faible que la conférence Ouest).

Alors ?
Le début de la dynastie promise au Heat en début d’année semble moins évidente aujourd’hui. Une équipe se construit avec le temps, même si le Boston de Garnett/ Pierce/ Allen a gagné le titre dès leur première saison ensemble. Une chose est sure : bien que les grandes manœuvres se préparent ailleurs (Chris Paul avec Carmelo Anthony et Stoudemire à New York ? Un mouvement à prévoir du côté des vieillissants Lakers ?), Miami sera probablement l’équipe à battre… l’année prochaine.
Note : Les statistiques ont été arrêtées avant la défaite de Miami (privé de Wade) contre Milwaukee la nuit dernière.










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