Avec Le Petit Malik, mon dernier roman, j’ai appris un acronyme : CPF, initiales de Chance pour la France. D’après Wikipedia, c’est une « expression ironique utilisée par les internautes d’extrême-droite pour désigner les immigrés ou les Français issus de l’immigration ». Articles de presse présentant mon livre comme Le petit Nicolas du 9-3 à l’appui, des internautes d’extrême-droite ont critiqué dans le langage poétique qu’on leur connaît cette version urbaine d’un classique français par une de leurs bêtes noires, Mabrouck Rachedi, un « CPF ».
Notre pays s’est développé pendant les Trente Glorieuses grâce à un appel massif à la main d’œuvre étrangère et aujourd’hui, même en période de crise, des secteurs comme le bâtiment, la restauration, l’hôtellerie, les services de santé et d’aide aux personnes… peinent à recruter des travailleurs nationaux pour des travaux pénibles et peu valorisés. Dans une France qui, selon une étude prospective des métiers à l’horizon 2015 réalisée par la Dares et le Commissariat général du Plan, sera confrontée à des besoins de recrutement évalués à 750 000 par an, la commission pour la libération de la croissance présidée par Jacques Attali a affirmé que « l’immigration, facteur de développement de la population, est en tant que telle une source de création de richesse, donc de croissance ». Autrement dit une chance pour la France.
Par ailleurs, des discours de gens bien intentionnés se développent selon lesquels il y aurait un talent des cités ou de la diversité propre à redynamiser la France. J’agrée dans le sens où un pays devient plus fort quand il mobilise toutes ses forces vives. Mais je ne suis pas d’avis qu’il y aurait un talent spécifique de la diversité ou des cités qui formerait forcément nos élites les plus brillantes du futur. En vertu de quoi ? Ce serait légitimer que ces gens et ces zones soient relégués depuis des dizaines d’années : si une telle relégation provoquait l’éclosion d’une génération exceptionnelle, elle serait par là positive !
Les talents peuvent venir de partout. Y compris des cités et de la diversité, à la mesure de leur représentation en France contrairement à ce qui se passe actuellement. Mais penser qu’ils vont, qu’ils doivent éclater au-delà, c’est prêcher la chance paradoxale des populations socialement défavorisées qui seraient dotées d’une richesse intrinsèque pour des raisons obscures. Partant du principe qu’un homme vaut un homme, je ne saurais partager cette opinion : je revendique pas moins que le droit à l’égalité. Et pas plus.





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